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  • : A sort of slapstick dreams are made of
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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 11:30

C'est un vieux type, il porte un imperméable gris sur son grand corps maigre, mais quelque chose en lui laisse encore apercevoir celui qu'il a dû être il y a quelques années. Aujourd'hui il tient difficilement debout et s’appuie d'une main tremblante sur le comptoir. Un vieux pansement sali lui distingue la tête d’une croix sinistre. Le pharmacien lui explique à nouveau, patiemment, comment appliquer sa solution et prendre le bon dosage de médicaments. Avec gentillesse il lui demande pour la troisième fois s’il a bien compris, lui conseillant de ne pas hésiter à se faire aider de son épouse.

Le vieux a pris le sac que lui tendait le pharmacien et en ricanant lui a répondu que sa femme - l'amour de sa vie a-t-il souligné- était bien plus mal en point que lui. Il se tenait toujours au comptoir, hésitant à le lâcher avant de se remettre en route. En une dizaine de secondes il a semblé rassembler tous les souvenirs de sa vie avant de lâcher, relevant la tête dans un sursaut de noblesse, la vie quel naufrage n’est-ce pas Monsieur ?

Le pharmacien a compati d’un haussement d’épaules tout en continuant de sourire, j’ai tenu la porte ouverte jusqu’à ce que le vieux type soit dehors. J’ai regardé le pharmacien qui maintenant avait l’air désolé de ne pas avoir ce genre de remède. En fouillant mes poches je me suis excusé en prétextant avoir oublié mon ordonnance et je suis sorti à mon tour.
Je suis allé tout droit, rien à foutre des médicaments, j'ai traversé la ville jusqu’à ce que je me retrouve du vent dans les cheveux et le cœur audacieux marchant sur le bord de la falaise.
La vie c'est le mouvement.

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 05:01
Pour vos dons c'est ici, sur le site de l'association humanitaire d'Oxfam.
Pour le téléchargement du concert format DVD, Iphone, Ipad, Pal, Tefal, K7 audio, Croques-Gauffres et Presse-Purée, c'est ici .
Et sinon pour cliquer avec votre souris et qu'il ne se passe rien c'est ici*.


RADIOHEAD is :
Thom Yorke(chant, guitares, piano).
Jonny Greenwood(guitares, claviers).
Ed O'Brien(guitares, choeurs).
Colin Greenwood(basse).
Phil Selway(batterie).
*Vous avez essayé n'est-ce pas ?
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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 09:30

Interview with Jimi Hendrix:
Interviewer: Hey, how it's to be the best guitarist of all time?
Hendrix: I dunno, ask Jimmy Page.

 

Plutôt cool le bonhomme non ?
J'avais aussi cette version :


Interview with Jimi Hendrix:

Interviewer: Hey, who is the best guitarist of all time?
Hendrix: I dunno, ask Jimmy Page.

 

Ha ha, la brillante réponse.
Mais connaissiez-vous cette version :

 

Interview with Jimi Hendrix:
Interviewer: Hey, who's got the most beautiful slip of all time?
Hendrix: I dunno, ask Maximus's sister.
And please, at the avenir, work on your questions, i'm not here to do the andouille at the TV. OK ? Thank you.
(Jimi's leaving the studio. He seems a little bit annoyed, dazed and confused. And we can understand him. Can't we ? I'm sure you can. bah si quand même...)

 

Etonnant non ?
Alors après j'avais peut-être aussi cette version, plus classique ...

 

Interview with Jimi Hendrix:
Interviewer: Wanna smoke ?
Hendrix: Yearh.

 

Ou bien encore, moins connue...

Interview with Jimi Hendrix:
Interviewer: Hey, Jimi Hendrix! What the fuck are you doing here ?! You're in advance, the interview is planned for tomorow! Ha Ha! I'm waiting for my sister to go to the butchery. Want to come with us ? Do you like jambon ?
Hendrix (a little bit disappointed) : I dunno, ask Jimmy Page.
...(Plus tard, dans le taxi qui le ramène au Chelsea hôtel)...
Damned, i have been rolled in the flour! What the helI am i doing here ? I should have smoking too much of that beuh (he's vomiting on his pants)... And who are that stupid fuckin' bloody mother-fucker guy and his sister with a so big nose ?
Halala..Let me tell you, life is not like bubble-gum...

 

Et pour finir si j'osais abuser de votre patience je vous raconterais aussi la fois où, sous l'emprise du LSD, Daniel Guichard a éclaté en sanglots sur scène en chantant "Mon vieux", réalisant enfin après 15 ans de galas que son père était exhibitionniste. Mais bon je vous laisse, parti comme c'est là on pourrait y passer la nuit et le jour qui suit mais il s'agît bien de préparer la fête et de se choisir le dernier slip de l'année tout de même non ?
Alors plus de temps à perdre, ni le mien ni le vôtre.
Ni ni...Tiens ça me fait penser...

Monty Python - The Funniest Joke in the World.


 

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 08:34

Sur la piste quelques danseurs ondulaient avec nonchalance sur la voix de Damon Albarn. J’ai fini mon gin et je suis sorti pour fumer. Le type de la sécurité était à pied d’œuvre et filtrait sans discontinuer les groupes de trois ou quatre personnes qui arrivaient maintenant par vagues. J’ai fumé ma cigarette rapidement, avalant la fumée bien au fond des poumons, la sifflant avec cette délectation propre à la nuit, comme si rien de fâcheux ne pouvait arriver, comme si c’était déjà bien assez qu’il y ait la nuit, bien assez qu'on ait déjà autant morflé,  une idée à la con de ce genre. J’ai balancé mon mégot sur la route avant de redescendre. Sur mon passage le videur s’est fendu d’un sourire avant de réajuster son costard en carrant manifestement les épaules. Peut-être craignait-il que cet excès de gentillesse ne fasse oublier son indestructible tête de bois. Son inexpugnable vitalité guerrière. Mais lui et moi nous connaissions, eu égard à sa taille et sa carrure, les filles du collège l’appelaient bouillon cube.
La salle était maintenant bondée et parvenir jusqu’au bar m’a demandé patience et piétinement. Finalement j’ai retrouvé mon tabouret et le barman m’a servi un autre verre sans plus me poser de questions, il avait trouvé d’autres spectateurs ébahis de ses prouesses acrobatiques. Une bouteille, un citron vert, un shaker, un, deux, et trois en l’air, derrière l’épaule, sous la jambe puis d’une seule main. Son public en redemandait et nul doute que ce garçon avait toutes ses chances pour les championnats d’Europe.

L’alcool faisait son effet et je commençais à me sentir moins défait. Sur la piste une fille débordant d’énergie dansait sur Girls and Blur comme on court en montant haut les genoux. Me voyant l’observer elle m’a souri, avant d’être masquée par un groupe de danseurs. Après tout j’avais ce que je méritais. J’avais déconné et on a rarement droit à une seconde chance dans ces affaires là. Eva était heureuse avec un autre, et après ? Ce qui restait d’elle en moi devait plus avoir à faire avec les regrets qu’avec une quelconque forme d’amour. J’aurais pu être à la place de ce type qui la faisait planer (j’évitais à tout prix de penser qu’accessoirement aussi il devait la faire jouir), j’aurais pu lui rendre le sourire qu’elle avait perdu et peut être alors aurais-je retrouvé l’éclat bienveillant de ses yeux se posant sur moi. Même si j’avais cessé de penser que tout était de ma faute, que seul mon comportement avait soufflé la flamme qui nous tenait lieu de foyer amoureux, quelque chose en moi semblait encore apprécier de se repaître de l’exquise douleur de cette Passion. Mais soit, l’espoir était en route et plus je buvais et moins je m’auto flagellais. J’allais peut-être enfin quitter mon chaotique et inconfortable chemin de croix pour reprendre une route plus lisse et plus roulante, même si à ce moment précis je n’avais vraiment nulle part où aller.
Pour autant je ne peux pas dire que de l’avoir vue devant moi tenant la main de ce type ne m’avait déchiré à nouveau les entrailles, qu’à nouveau la plaie qui cicatrisait si difficilement ne s’était pas rappelée à mon bon souvenir. Non, mille fois non je n’ai rien dit de pareil. Mais le temps avait passé, trois longues années et j’étais toujours vivant. Fantôme patient le jour et zombie torché la nuit, mon cœur boitait mais j’étais toujours debout. J’ai pris une vodka pour fêter ça. Après la sixième – septième ? Huitième ? - le monde autour de moi s’est fait un peu plus accueillant et j’ai béni Dan Fante de m’avoir ouvert la voie (La Tête hors de l’eau). De la piste de danse à nouveau la fille pleine de vie m’a souri, elle dansait à présent en faisant de grands cercles rapides avec ses bras tendus et je lui ai souri en retour. Je me suis appliqué, j’ai tâché de me concentrer du mieux que je pouvais mais nul doute qu’elle a dû voir toute la niaiserie de mon regard vitreux. J’ai reconnu les premiers accords de Delivery quand elle est venue me chercher pour danser. Oh bon sang, danser ! Et pourquoi pas se mettre nu sur la place du marché avec une clochette autour du gland ? Digueling digueling. J’ai fini mon verre et je l’ai suivie, elle me traînait par la main en riant, je savais très bien ce qui m’attendait et je n’étais pas en état. Vu d’ici la piste était en haute altitude mais cette fille dégageait tant d’énergie qu’il y en aurait bien assez pour deux. Assez pour tenir debout et bouger comme si j’aimais danser (Fluorescent adolescent), sans m’effondrer au bout de quinze secondes. A présent le rythme s’était encore accéléré et mon cœur posait des questions sans réponses quant à la fréquence absurde de ses battements. Mon estomac lui ne garantissait plus rien. Puis London calling a cessé, les stroboscopes ont cessé de nous découper et la luminosité a baissé. Un type au micro a annoncé qu’il était quatre heures et nous invitait à rentrer chez nous. Ils ont passé un dernier titre, True love waits et Anna est venue se plaquer contre moi. J’ai réalisé qu’elle me dépassait d‘une demi tête et que je me sentais bien contre son corps musclé. Pendant quatre minutes ça m’a fait l’effet d’un onguent millénaire et secret sur ma peau brûlée, j’étais de retour de ma mission sur le soleil.
Maintenant la boîte fermait et j’avais assez bu. J’étais prêt à croire n’importe quoi, y compris qu’Eva ne reviendrait plus.
Aussi que la pluie nous ferait des souvenirs et que c’était une bonne idée de suivre Anna qui voulait aller marcher sur la plage avant de rentrer faire l’amour. A quatre heures du matin, il y a un an.

 

Fin.

 

NDLR : La première partie de cette nouvelle s'appelle "Jusqu'à la chambre (au bout du couloir)".
Elle est parue
sur ce blog en septembre 2010.

ici, ici, et ici.

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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 08:15

Je suis descendu à pied, marcher me ferait le plus grand bien. L’air était tiède et le jour déclinait lentement dans un souci manifeste d’apaisement bleuté.
Je me souviens qu’en allant chez cette fille commettre l’irréparable, et alors que mon corps tout entier réclamait sa dose de sexe, mon esprit refusait de se soumettre à l’idée de prendre autant de risque pour une entreprise dont je savais déjà qu’elle risquait de me mettre à terre. Tout ça pour ça. J’avais toujours eu les idées claires là-dessus, vivre avec Eva était pour moi une chance inouïe qu’il n’était pas question de gâcher. Elle ne se présenterait pas une deuxième fois. Eva était ce genre de fille capable de vous faire accepter la fin de l’histoire pour une vie apaisée à ses côtés. Une fille attachante et généreuse sur qui vous pourriez compter chaque fois que la vie vous ferait un croche pied. Vivre avec elle c’était vraiment vivre à deux, pour le meilleur et pour le pire, partager, comme s’il n’y avait pas d’autres façons de vivre, respirer le même air. Voir loin et prévoir pour enfin espérer s’asseoir un jour. Elle s’arrangeait souvent pour me rassurer et y parvenir, elle prenait le temps et dépensait l’énergie nécessaire – ma mère avait eu un cancer - mais ne me lâchait pas. Une amie fidèle et souriante. En plus d’être une amante caressante et attentionnée. La fille que j’aimais.
Il était vingt et une heure et je me suis assis à la terrasse du Fetch, un bistrot face à la mer. Le coup de vent de la veille ramenait encore d’épais rouleaux aux épaules solides. Quelques surfeurs imprimaient leurs courbes dans les dernières lueurs du jour. Beaucoup d’autres remontaient sur la plage, leur planche sous le bras, en direction de leurs voitures garées au pied de la digue. Quand j’ai connu Eva elle sortait de l’eau à ce même endroit, l’aiguille des fous. Elle dégageait une énergie peu commune. Elle m’attirait et m’impressionnait et ne parvenait à me faire oublier la largeur de ses épaules que par la douce lumière de ses yeux verts qui irradiait de sous ses cheveux blonds comme les blés.

Mon portable a vibré, Jean me demandait où j’étais pour me rejoindre. Il est arrivé cinq minutes plus tard, vêtu comme toujours d’une veste noire cintrée, sur une chemise blanche et un pantalon noir tubulaire, chaussures italiennes, ce type là aussi avait du style. Il avait appelé sa baby-sitter qui avait accepté au débotté de s’occuper de ses mômes, mais pas plus tard que minuit avait-elle insisté. Minuit. On a commandé deux bourbons, il faisait complètement nuit maintenant, les surfeurs avaient disparu et on ne distinguait plus sur la page que le ballet de quelques lampes frontales des pêcheurs à pied. Jean rentrait de Tokyo, il venait d’y passer plusieurs semaines à développer une nouvelle interface pour gérer et commander les plateformes de forage en mer sans équipage. Je n’y entendais rien mais il savait y faire pour intéresser n’importe qui à ses propos les plus techniques et je comprenais qu’une armée de robots inoxydables prenait les décisions nécessaires à la bonne marche de l’entreprise en haute mer. Les compagnies d’assurances rechignent à assurer le risque humain, trop aléatoire m’expliquait-il sans rire, ou bien quand elles le font elles demandent énormément d’argent pour le faire. Alors on fait sans l’homme et on investit dans l’intelligence artificielle, on laisse les robots et les processeurs prendre les décisions et les paquets de mer. Lui et moi avons prié pour la raison d’être du genre humain. Après ça on a recommandé deux autres bourbons, puis encore deux autres jusqu’à ce qu’il soit l’heure pour lui de rentrer. J’insistais pour un dernier verre mais n’était-ce la baby-sitter, il préférait être là quand sa femme rentrerait de sa soirée entre filles. En le saluant je lui demandais si Alice allait bien. Elle va bien m’avait-il répondu d’une moue dubitative, plus ce serait trop. Elle va trop souvent à mon goût avait-il conclu, le travail les enfants le temps qui passe, elle essaie de sortir le plus souvent possible pour ne pas sombrer dans ce qu’elle appelle la dépression home sweet home. Je l’ai regardé partir d’un pas moins assuré qu’il n’était arrivé et je me suis souvenu de l’immense fête qu’avait été son mariage avec Alice.

Il était encore tôt et à part deux ou trois couples affalés sur les divans du fond de la salle, il n’y avait personne au Snapshot. Le club venait d’ouvrir et la publicité vantait son ambiance London’s cool (London school) et la qualité de ses cocktails élaborés par Frank Shake, dernier champion de France de mixologie en date comme l’attestait une affiche derrière le bar. A fréquenter l’établissement vous aviez également la chance de faire partie de la fresque humaine constituée du portrait de chacun des clients, une webcam vous shootant à la sortie, le jeu consistant à aller voir le lendemain sur leur site web la tête que vous aviez la veille au moment des faits.
Je me suis posé au bar où Franck Shake – donc - s’affairait à préparer ses mojitos et consorts. J’ai commandé un gin tonic que j’ai siroté en me laissant entrainer par la musique de Gorillaz (je crois bien qu’il y avait aussi un titre ou deux de The Good the Bad and the Queen). La salle se remplissait doucement. L’endroit était un ancien blockhaus souterrain bâti il y a plus de soixante ans pendant la seconde guerre mondiale en plein centre ville. Il était accueillant et l’impression une fois descendues la dizaine de marche était qu’on s’y sentait protégé, apaisé presque malgré le volume de la musique et les flashs des stroboscopes de la piste de danse, comme si l’épaisseur des murs avait à voir avec la sérénité.
Il était vingt trois heures trente et l’endroit était maintenant beaucoup plus animé. J’ai fait signe au barman pour qu’il me remette la même chose. Il s’est penché vers moi en souriant comme s’il avait un tic nerveux au niveau de la région de la bouche pour me demander si je ne préférais pas plutôt un mojito, auquel cas il aurait eu le plaisir de me faire une petite démo. Sa petite démo m’expliqua-t-il, consistait à jongler avec tous les ingrédients et contenants nécessaires à l’élaboration de son cocktail phare comme il l’appelait. Vous allez voir c’est spectaculaire, vous allez vous régaler et moi ça me permet aussi de m’entraîner, je dois participer prochainement aux championnats d’Europe de mixologie. Ses yeux brillaient et il mettait beaucoup d’énergie pour en parler, l’air sincèrement heureux de faire partager sa passion. A mon tour je me suis penché pour vers lui pour lui expliquer que je n’étais pas venu pour le spectacle mais plus simplement pour me bourrer la gueule et que qui plus est, je n’appréciais que peu les cocktails trop sucrés, que je le remerciais de son offre mais que mon choix continuait de se porter sur le gin tonic. Il a hésité deux ou trois secondes visiblement déçu, puis haussé les épaules avant de s’en retourner préparer mon gin tonic.

 

A suivre...

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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 08:03

J’avais quitté Eva – ma première femme s’appelle Eva – défigurée par l’amertume, enivrée des serments violacés de la vengeance et voilà que trois ans après je la retrouve plus légère que jamais, le teint clair et dix ans de moins ? Et ce type avec elle, ce brun classieux et chevelu – un guitariste anglais ?-, quarante ans et mince, quel secret avait-il percé chez elle que j’avais été incapable de voir, pas même de supposer ? Les quatre dernières années de ma vie avec Eva n’avaient été que heurts et encoignures, plus un rouage qui ne soit grippé. Quelques fois quand nous nous rendions à une soirée chez des amis je demandais à Eva si elle pensait qu’’il était vraiment nécessaire de nous annoncer en sonnant tant nos casseroles étaient nombreuses et de belle taille. A l’époque ça ne faisait rire Eva que moyennement ; voire, elle grinçait, ce qui ajouté  au vacarme ambiant ne simplifiait pas vraiment  les choses.
De quel levier s’était-il servi celui-là pour la relever des trente sixièmes dessous ? Du fin fond de sa mauvaise mine ? Et sur quelle pierre l’avait-il fait grimper pour l’élever ainsi au dessus du lot ? Quand moi-même je n’avais fait qu’achopper durement, emporté plus d’une fois par le fond, désespérant de ne jamais parvenir à refaire surface ?
J’ai laissé tomber trois fois mon trousseau de clés avant de parvenir à ouvrir la porte d’entrée. La journée avait été morne et sans joie et j’allais passer une soirée sombre. J’ai balancé les bouquins de Brautigan sur la table en rentrant, désolé vieux pas ce soir j’ai la migraine. Je me suis servi une vodka et je suis sorti sur la terrasse. Assis sur les marches de pierre qui descendent au jardin j’ai allumé une clope que j’ai fumé le nez en l’air. Mais le ciel ne me disait rien, pas plus que les nuages incendiaires de cette fin de journée. Peut-être le vent du soir faisait-il bruisser quelques peupliers aux alentours, mais sans plus. Le jardin sous mes pieds était un champ de ruine miné par les taupes et ravagé par les ronces. Je fixais un rosier étouffé par le liseron en me disant qu’un peu d’attention suffirait à faire renaître quelque chose d’harmonieux de ce chaos végétal, mais là encore, pas ce soir, ça ne me disait rien. Ce soir c’est rien, rien du Tout, pas grand-chose en tous cas. J’ai rendu son salut à Marco, mon voisin, qui venait de rentrer de l’entrainement son œil droit bien amoché (un type marrant, un pompier d’une quarantaine d’années qui s’était remis à la boxe depuis que sa femme était partie avec leurs deux enfants vivre au Québec avec le gérant d’un vidéoclub de Montroyal). La vie ne nous épargne rien, et surtout pas les coups bas, le mieux est de nous habituer à vivre en portant une coquille non ? Il me répète ça presqu’à chaque fois que nous nous voyons autour d’un verre, gestes à l’appui, en m’expliquant qu’il était facile de voir dans la boxe la métaphore de la vie, proche de l’os et de la chair. J’aime bien Marco et ses directs et nous passons souvent de bons moments dans sa cuisine autour d’un verre, mais ce soir je décline poliment son invitation à partager un coup de blanc (il accompagne ses paroles d’un large sourire et du geste de l’uppercut pour le coup de blanc).

J’ai besoin de sortir et quitte à picoler autant se risquer au tarif de nuit, comme pour une séance de psy, les effets d’une cuite sont d’autant plus bénéfiques que le prix de la séance est élevé.

Je suis monté changer de chemise. Torse nu devant le miroir j’ai repensé à ce type avec Eva. Sûr que sur la question de la forme j’ai des années lumières de retard. Mais quoi, quand j’ai connue Eva tout ça n’avait strictement aucune importance. Je me souviens parfaitement l’entendre railler tous ces types engoncés dans leurs muscles gavés de protéines, à l’époque pour elle rien ne comptait plus que l’authenticité fut-elle maigre et hirsute, le fond plutôt que la forme disait-elle. Et là dessus aucun doute que j’ai été son homme. Alors quoi ? Alors rien. Juste quarante ans, le temps passe et on se  raccroche à la dernière utopie qu’il nous reste. La santé. La bonne bonne santé. Moi-même d’ailleurs. Quelques angines carabinées, des quintes de toux apocalyptiques aux petits matins sanguinolents, des étages qui deviennent des cols de première catégorie. A quoi je ressemble quand je clignote ? Est-ce que tu m’aimeras encore quand je ne banderai plus qu’une fois sur quatre ? Pas de mal à imaginer ce que ça doit être d’attendre chaque semaine que tu rentres du pressing baby.

J’ai laissé tomber mon reflet et fini par décider qu’en l’état actuel des choses une chemise noire m’irait bien au teint et me donnerait une occasion de circonstances de porter le deuil des amours mortes. J’ai dit Amen et je suis redescendu téléphoner à Jean qui n’allait pas me refuser un verre de nuit ou quoique ce soit d’autre du genre à dégeler les grandes steppes.

Peut-être avais-je toujours espéré qu’elle revienne. Trois ans après. Peut-être pouvait-elle ne se souvenir que de ce qui avait été extraordinaire entre nous. Je m’en souvenais bien moi. Doutait-elle que certains se damneraient pour un dixième de l’énergie qui se dégageait de nos étreintes d’alors ?
Jean n’était pas dispo, sa femme était sortie pour la soirée et l’avait laissé avec ses enfants, il s’excusait mais ça n’allait pas être possible vieux, j’aurais du le prévenir il se serait arrangé. Je n’ai pas insisté, je lui ai souhaité bonne soirée et me suis resservi une vodka que je suis retourné boire sur la terrasse. J’avais baisé une fois avec une autre qu’Eva il y a des années maintenant. Ce soir là le hasard avait voulu que je rentre en même temps qu’elle. Elle revenait de Paris où elle avait assisté à une conférence sur l‘éducation comme condition à l’humanité des hommes – tu devrais m’accompagner ça va te plaire j’en suis certaine, non merci non, une autre fois peut-être mais je n’ai franchement pas le courage lui avais-je menti. Je l’avais rejointe devant la porte. Elle pensait me trouver à la maison et avait sonné, sans réponse de ma part, et pour cause. Elle était contente de me voir arriver pour enfin rentrer se reposer d’une journée épuisante. La voyant là qui m’attendait en me souriant sur le pas de la porte je me suis senti devenir poisseux et totalement transparent. J’imaginais qu’elle lisait en moi, j’étais sûr que de où elle était elle entendait mon cœur battre trop vite. Je me souviens avoir passé ma main plusieurs pour vérifier si ma braguette était fermée. J’ai tenté de lui parler naturellement – tu es déjà rentrée alors ? - mais d’entendre ma voix finissait de m’ôter le peu d’aplomb qui me restait. J’étais piteux avec des bras trop courts, un menteur vulgaire. Moi qui rêvais d’assumer pleinement ma bite et ses acrobaties, je venais de lâcher le trapèze. Le lendemain soir je la trouvais assise sur le canapé un verre de gin posé à côté de la bouteille sur la table devant elle. Calmement elle m’a prié de m’asseoir, et  tout aussi calmement elle m’a demandé ce que je faisais hier la veille au soir vers vingt trois heures au dix neuf de la rue Sainte Beuve. Avant que je ne nie elle avait tenu à préciser qu’une de ses collègues de travail particulièrement digne de foi m’avait formellement reconnu et connaissait très bien Mademoiselle Evans, la jeune fille qui vivait là – peu farouche avait-elle jugé bon de préciser par souci du détail. Tout avouer n’avait rien arrangé – Hiroshima mon Amour - mais sur l‘instant ça m’avait permis d’évacuer un peu de tension et d’exprimer mes regrets. Eternels.

 

A suivre...

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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 07:34

Les choses n’ont jamais que l’apparence de la simplicité. Il y un an de ça j’avais reçu une lourde pierre sur le coin de la figure qui m’avait laissé étourdi, comme abruti par un coup de chaleur, sans eau depuis des jours, la bouche sèche et la langue enflée. Ce jour là j’avais passé une vraie sale journée au boulot, une de ces journées où l’on a rien à attendre de quoi que ce soit ni de personne, c’est couru d’avance, où l’on sait pertinemment qu’on a tout à gagner à cesser de penser, arrondir le dos et attendre que la nuit vienne pour un peu de fraîcheur au clair de lune. Je rêvassais au volant à propos d’un prochain séjour dans le désert de Syrie dont j’espérais qu’il requinque mon enthousiasme quelque peu ébranlé, je pensais que peut-être ce n’était pas trop demander que de croire aux vertus apaisantes de l’isolement et de la force minérale ; qu’il me fasse au moral l’effet d’un onguent millénaire et secret sur la peau brûlée et crevassée d’un rescapé d’une mission sur le soleil. Je revenais de la mairie, mon passeport était périmé. J’avais traversé la ville dans l’abrutissement des bouchons, tourné un quart heure avant de trouver une place pour me garer. Je savais cela avant de décider d’y aller, ce n’était ni le bon jour ni la bonne heure mais il faut croire que j’avais besoin coûte que coûte de ce nouveau passeport, que j’envisageais ça comme un viatique pour sortir de cette sombre période et que je ne pouvais faire sans. J’étais exténué, quasi diminué et je me suis extirpé difficilement de la voiture. Un vieillard. J’avais les reins foutus, les nerfs à fleur de peau – croyez bien que j’aurais pu m’arracher la chemise d’un simple agacement - et je dégoulinais de sueur. J’ai traversé la place en pensant à ce que ce type racontait à la radio, que la guerre des mondes avait déjà eu lieu et que le machines avaient depuis longtemps gagné la partie, qu’elles avaient pour preuve causé la disparition des hippies et de l’esprit de paix. Que la phase suivante était l’élévation des capacités humaines à s’adapter à leurs sollicitations, inéluctablement exponentielles. Il avait pris le temps, faisant référence à la Condition Humaine, d’expliquer qu’on était passé de marche ou crève à fonctionne ou crève, la fin des  rêves. C’était inquiétant et qui plus est j’avais franchement mal au dos.
Le type du guichet a posé le formulaire de renouvellement du passeport sous mes yeux tout en continuant de discuter avec son collègue à propos du respect de ses droits syndicaux. En sortant je suis passé par la Maison de la Presse prendre le journal. La Une annonçait une gigantesque fuite de gaz toxique qui menaçait toute une région des Balkans, une nouvelle affaire de corruption - des types de l’OMS et de plusieurs gouvernements liés à des réseaux de contrefaçons pharmaceutiques. Il y avait aussi un encart avec la photo d’un grand type hilare en survêtement blanc qui portait à bout de bras un chèque d’un million d’euros, le pied posé sur le dos d’une femme nue allongée comme un trophée de chasse. Les choses avaient l’air de se préciser.
J’étais arrêté au feu rouge et je me réjouissais de rentrer chez moi, de me mettre à l’aise après une  longue douche et de passer ma soirée à lire. Un de mes collègues venait de me donner trois romans de Richard Brautigan.

-« Tiens c’est ma femme qui m‘a offert ça. J’aime pas cette merde, mais toi à mon avis ça va te plaire. Prend-les » Un général sudiste de Big Sur. La pêche à la truite en Amérique. Sucre de pastèque. J'ai pris les bouquins en le remerciant mais il a secoué la tête en m’expliquant que ça le débarrassait et que je lui rendais service, de toutes façons sa femme n’avait jamais compris grand-chose à ses goûts littéraires.

Le type devant moi a calé, le temps qu’il redémarre le feu était de nouveau rouge. C’est à ce moment que c’est arrivé. Il y a un an. Un couple s’est alors engagé la chaussée, ils marchaient avec nonchalance, se tenant par la main. Elle s’est penchée jusqu’à coller sa bouche à son oreille pour lui chuchoter quelque chose. Ils se sont alors arrêtés, pile devant moi, au beau milieu de la rue. Il lui a souri en acquiesçant. Il la regardait intensément en souriant avec beaucoup de douceur dans les yeux, il la fixait comme si ça allait lui suffire pour les dix prochaines années. Elle s’est penchée à nouveau pour lui embrasser la joue avec tendresse tout en passant une main caressante sur la nuque. Ca a duré deux secondes en tout et ils ont poursuivi leur route main dans la main. Le feu est passé au vert et j’ai démarré. Instinctivement je me suis tassé sur mon siège en passant à leur hauteur. Je ne savais trop quoi en penser, si ce n’est que j’avais vécu presque sept ans avec elle et que je ne me souvenais plus l’avoir vue aussi radieuse.

 

A suivre...

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 07:55

Je rentrais d'une longue échappée solitaire à travers la campagne durant laquelle j'avais poussé mon cheval jusque dans ses dernières limites. Exténué celui-ci avait fini par s'éffondrer et m'avait entraîné dans sa chute. J'étais rentré au château fourbu, hagard et crotté, mes lunettes cassées et mon cheval à l'agonie. Mon opticien m'avait alors fait remarquer qu'à ma place il tâcherait de ménager sa monture. Ce à quoi je répondis, portant loin mon regard au travers la fenêtre du petit salon de notre château familial perdu dans la lande et le brouillard, bon sang tout de même, quel temps de merde,
-"Dis donc l'alcoolique à lunettes, quand t'auras fini de faire de l'esprit tu pourras peut-être t'occuper du petit salé ?"
Il s'est un peu vexé je dois dire et lui parti, j'ai dîné seul au château ce soir là. J'avais donné congé à mon personnel et les courants d'air m'ont trouvé frileux. Je déprimais.
J'étais seul pourtant, affalé sur le sofa, des cigarettes pour la nuit et trois bouteilles de Pommard 64. J'avais connu plus mauvaise compagnie.
C'est extrémement difficile d'être seul. On pourrait penser qu'il suffit d'un désert blanc de lumière ou d'une soirée d'hiver dans une vallée sépulcrale, qu'il suffit à un homme de se retirer du monde pour y parvenir mais il n'en est rien.Essayez d'être seul et vous verrez rappliquer illico à votre esprit tous ceux de votre vie avec qui vous n'avez aucune envie de vous frotter, ceux qui vous aiment et que vous aimez. Ne demandez rien et ceux-là même piafferont à la porte de vos souvenirs pour vous soutenir dans cette épreuve. Avec un peu de chance, vous qui cherchez le silence et la paix verrez même revenir danser autour de vous (Jean Fauque a écrit pour Alain Bashung "le temps écrit sa musique sur des portées disparues") l'âme de ceux et celles que vous avez perdu à jamais. Finalement j'ai regretté la cavalerie légère de mon opticien alcoolique (ai-je à préciser qu'il boit plus de verres qu'il n'en vend ?), sa compagnie m'aurait bien aidé à finir la troisième bouteille. Seul je n'y suis pas parvenu et bien sûr je ne suis pas parvenu non plus à être seul ; le coeur lourd j'ai sombré bien avant le fond de la bouteille, entouré de proches, d'amours, d'amis, tous s'appliquant à me bercer doucement les entrailles de la pointe de leur couteau, me sussurant à l'oreille la douceur d'aimer, me chantant les louanges de la vie quand je ne voulais que la nuit, la solitude, et surtout surtout, ne plus essayer d'être heureux.

 

 

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 11:45

Except when i think of the bluebird in my heart.

 

Bright eyes - First day of my life.

 

NDLR : Pour Oviri (et Charles).

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 14:14
Bagdad. Sachant qu'il allait exploser dans une école primaire, un terroriste bon père de famille a poussé la plaisanterie jusqu'à se déguiser en Ronald Mc Donald. Bien lui en a pris puisque tous les enfants ont ri aux éclats.
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