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La Pastille jaune

Pub Boorgle

Le fil

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Samedi 4 juillet 2009

-« Qu’est-ce tu fais avec cette plume ? Pourquoi qu’t’as mis ces cuissardes de con ?»

-« Laisse-moi je veux écrire un poème. »

-« Un poème ? Toi ? Ha HaHaHa ! C’te blague ! Laisse tomber tu vas être ridicule. Allez viens on va prendre de la drogue plutôt. »

-« M’appelle pas comme ça s’te plaît. Pis j’aime pas la drogue, c’est pas bien. »

-« Pfff… Mais tu vas passer pour une burne molle avec ton poème là… ».

-« M’en fous j’te dis, j’ai envie. »

-« Bon écoute vas-y hein, si ça ne te fait rien d’avoir l’air d’une danseuse bossue devant toute la blogosphère, au moins je t’aurais prévenu… »

-« Ouais c’est ça, tu m’as prévenu, allez va faire un tour, ça me fera des vacances… »

Alors, alors...Voyons... Comment faire un poème original… ... ...
...Et si je parlais de l’amour et du temps qui passe ?
Oui dis donc, c’est une idée ça…De l’amour, des regrets et de…disons...Thérèse ?
Oui ça pourrait être pas mal ça…Thérèse c'est un peu  l'amour les regrets et toutes les femmes à la fois...
Bon j'y vais, je me lance…

 

APRES TOI Y AURA THERESE.

 

Sur la jetée de lit,

Tu m’as jeté du lit.

Sur le pas de la porte,

Traité comme un cloporte.

Je suis parti fourbu,

Tu m’avais démolu.

Notre amour s’est enfui,

A mes pieds une flaque.

Mais qu’est-ce donc qui fuit ?

Je me sens si patraque.

 

J’ai souhaité te revoir,

Tu m’as dis gros bâtard!

J’ai voulu t’en parler,

Va te faire enculer!

Ton frère m'a mis une dance,

J’ai cessé mes avances.

Notre amour est parti,

A pieds dans le désert.

Assis sur des fourmis,

Ca me gratte au derrière.

 

C’était il y a longtemps,

J’ai eu très mal aux dents.

Aujourd’hui c’est fini,

J’ai plus les dents pourries.

J’ai rencontré Thérèse,

C’est la reine de la fraise.

Notre amour est brillant

Notre émail de diamant.

Enfin je ne suis plus triste,

Thérèse, elle est dentiste.

... ...


-"Alors ?

-" Bah, chaipas, j'ai écrit un truc mais d'façons tu vas pas aimer, t'aime pas la poèsie toi alors..."

-"Fais voir..."

.... ...

-" C'est naze.J'te l'avais dit en plus. Encore heureux que t'as pas publié cette daube. Allez viens on va prendre de la drogue plutôt."

-" Wouaf. Bon d'accord."

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Jeudi 2 juillet 2009
Pippo d'Ecône. En Suisse.
Pippo d'Ecône. Un extrait du spectacle.
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Mardi 30 juin 2009
Avec Thérèse. Sexe & dentifrice.
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Mercredi 24 juin 2009
Dans le petit boudoir de Mademoiselle j’ai mis tout mon amour. Je suis assis à ses côtés, sur le sofa. Le champagne est versé et j’ai le cœur qui bat. Elle insiste pour que nous trinquions aux amours mortes. Elle me sourit et repose son verre. Mademoiselle est d’humeur légère. Je lui tends le plateau de biscuits, l’invite une nouvelle fois à se servir.
-« Tenez, un de ces délicieux boudoirs, prenez et trempez-le dans votre champagne, c’est délicieux vous verrez. » Elle m’ignore, se lève et regarde au jardin par la fenêtre du petit salon. Elle soupire languissamment. Mademoiselle est amoureuse.
-« Saviez-vous qu’il ne m’a plus donné signe de vie depuis une semaine ? »
Elle évoque avec moi son dernier amant, celui qui – m’a-t-elle confié en riant – aurait la vitalité de l’aimer sans cesser. Je la rassure en lui demandant de ne pas gâcher son humeur avec de fausses inquiétudes, je suis certain qu’il a été empêché, et que ses sentiments envers Mademoiselle n’ont rien perdu de leur flamme. Une nouvelle fois je lui propose un biscuit. Elle se rassied à mes côtés. Enfin elle s’en saisit, le trempe et le porte à sa bouche. Mon coeur a cessé de battre. L’espace d’un instant, cinq années de ma vie amoureuse reviennent à ma mémoire. A nouveau je parcours le chemin que m’a fait emprunter Mademoiselle. Je revisite mon calvaire. Je l’entends rire et je sens de nouveau sa main aux longs doigts si fins, aux ongles soignés plonger dans mes entrailles, fouiller et les arracher. Je saigne et je souffre, elle joue. Je suis à terre, blessé gravement, quasi inconscient quand elle me demande de cesser de me plaindre, que je ne gagnerais rien ainsi à geindre ; il y a beaucoup d’hommes au petit salon, je les entends au travers la mince cloison. Elle sait s’y prendre, elle n’a jamais fait que ça. Prendre, se servir. Les cœurs, les corps, les tripes. Cinq longues années de servitude. Elle me regarde, ses yeux sont exorbités, affolés. Elle vient de comprendre. Elle suffoque de douleur, son teint d’habitude si frais est devenu livide. Elle tente de se lever, ses jambes la trahissent, tend les bras vers moi, sa bouche se tord en un sale rictus. Du haut de sa superbe la voilà qui s’affale. Sa tête heurte le coin de la table en marbre de carrare. Elle est à terre maintenant, elle n’aura pas souffert très longtemps. Mon cœur se remet à battre. Dans le petit boudoir de Mademoiselle j’ai mis tout mon cyanure.



Pour les Impromptus, il fallait reprendre l'incipit "Dans le petit boudoir de Mademoiselle"
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Mardi 23 juin 2009
Mon chien s'appliquait à lui lustrer le bas du pantalon. Dans l'encadrement de la porte d'entrée je l'écoutais me dire que c'était OK pour son garage, je pouvais en disposer pendant ses congés. Timide comme il était il n'avait pas osé me le refuser, pas plus qu'il n'osait me demander d'ôter mon chien de sa jambe. Il vivait - avec une fille terne aux épaules carrées - dans l'appartement qui jouxtait le mien et je ne le connaissais que vêtu d'un sweat-shirt à capuche vert armée, d'une paire de Jean et de Converse. J'imagine que si je devais le croiser dans quarante ans il serait toujours accoutré de la sorte. J'ai pris mon chien par le collier et je l'ai fait rentrer dans l'appart, direct au panier.
-"C'est rien" m'a-t-il dit en regardant le bas de son Jean tâché. Il souriait. Je l'ai remercié d'une poignée de main énergique, voilà qui me rendait foutrement service.

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Mardi 16 juin 2009
Achille est carrément vénère
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Vendredi 12 juin 2009
Je cherchais le Musée des Beaux-Arts pour l'expo Mantegna et j'ai fini par trouver l'Ecole des Beaux-Arts. Là quelqu'un m'a renvoyé vers la rue Colbert où j'ai traversé le Passage de l'Âme révélée, qui ressemble à un coupe-gorge et c'est normal vu qu'avant, du temps des rois, c'était le passage emprunté par les condamnés à mort. J'ai fini par trouver le Palais des Archevêques qui se trouve être le Musée des Beaux-Arts que je cherchais (où a lieu l'expo donc). Sur le pannonceau il était écrit "Ouvert tous les jours sauf le mardi" et bien sûr nous sommes mardi. Alors dépité, je suis entré dans les jardins du Palais des architectes où il m'a été donné de voir l'arbre le plus exubérant de toute ma vie d'homme. Un cèdre du Liban, énorme! Trente et un mètres de haut, trente trois mètres d'envergure. Splendide. Comme si de rien n'était, j'ai posé mon nez sur l'extrémité d'une de ses branches, pour sentir son parfum mais aussi parce qu'une telle manifestation de vie mérite bien une caresse (je n'ai pas osé avec la main il y avait un panneau qui interdisait de toucher). Ca m'aurait plu qu'il me renvoit un signe, un imperceptible frémissement, le son de sa sagesse, mais non, rien que sa splendeur et son parfum ; lui qui grandit ici depuis mille huit cent quatre ne m'a pas communiqué le secret de sa longévité. J'ai continué à faire le tour du parc, un jardin à la française, et j'ai trouvé Fritz derrière une vitre, un éléphant naturalisé mort à l'âge de quatre vingt ans, abattu par les autorités d'alors parce qu'il était devenu dangereux. Le cirque Barnum en avait fait don à la ville et il passe maintenant ses journées à admirer l'exubérant cèdre du Liban (à ce point exubérant qu'il portait un petit bracelet d'assez mauvais goût à l'une de ses branches basses. Non c'est pas vrai en fait).
Voilà, maintenant je suis au bar du "Pale", un pub irlandais de la rue Colbert. A droite du bar il y a une photo de Sean O'Casey, Samuel Beckett et Alberto Giacometti dans Paris et la barmaïd vient de mettre Dirty old town ( une version des Pogues avec Joe Strummer et Alain Bashung, je le crois mais en fait je le crois pas ). C'est une bonne soirée qui commence. Je n'ai pas vu Mantegna mais à deux pas d'ici j'ai visité la cathédrale Saint Gratien (qui est très vieille et très spacieuse) et en ce moment il y a un concert dans la rue, et dans la rue beaucoup de monde. Je commande une quatrième bière dans ce pub irlandais et je fumerais bien une cigarette si je n'avais arrêté. Mais bon, j'ai arrêté.



NDLR : J'ai appris le lendemain en rentrant chez moi que Mantegna n'avait pas voté Cohn-Bendit aux élections Européennes de dimanche. Je n'ai vraiment aucun regret de n'avoir pas vu son expo. Ce ringard.


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Mercredi 3 juin 2009
Un homme. Une femme. Un pull.
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Mercredi 27 mai 2009
J'adorais la musique et je venais de me mettre à la guitare quand je l’ai rencontrée. Elle s’appelait Sylvie et elle aussi était adorable. Même si ce n’était pas la beauté la plus coruscante qu’il m’ait été donné de tripoter, elle avait ce charme indéfinissable des gens aimables et volontaires à qui j’avais souvent trouvé des qualités rares et particulières. En plus de ça elle avait des seins énormes.
Sylvie parlait de tout, fort et beaucoup, toujours convaincue de ce qu’elle avançait. Moi qui doutais de mes propres questions, je restais souvent sans voix à l’écouter affirmer ainsi ses convictions sur des sujets aussi cruciaux que le choix adéquat du parfum d’un yaourt. Mais plus encore que son verbe, c’est la musique qui définissait Sylvie. Etudiante en musicologie, il ne se passait pas une journée sans qu’elle n’évoque sa passion pour la clé de sol, le piano, Claude Debussy ou le dodécaphonisme urbain de Stockhausen. Un jour que nous revenions des courses elle m’avoua sur le ton de la confidence :
-« Tu sais, j’ai l’oreille absolue. »
Sur le moment j’ai eu une petite érection, je me suis demandé si elle ne me révélait pas là une particularité physique dont nous pourrions tirer partie un fois nos corps dévêtus. Mais pas du tout. En fait, l’oreille absolue m’expliqua-t-elle, tenait au fait qu’un musicologue émérite avait assez de discernement musical pour entendre une note et immédiatement être capable de la nommer.
-« Vas-y me disait-elle, chante-moi une mélodie pour voir ? »
Je m’exécutais en fredonnant l’intro fameuse de « Est-ce que tu voudrais bien voir mon slip ? » et quasi-immédiatement la voilà qui me donne la suite de notes formant la mélodie.
-« Do – do – mi – sol - fa – mi - mi– ré – ré bémol. »
Je dois dire que c’était quelque chose, j’étais sous le charme de sa magie et elle me donnait là une raison supplémentaire d’apprécier sa compagnie. A mes yeux de guitariste grand débutant aux oreilles gourdes, Sylvie me faisait véritablement l’effet d’une elfe dotée de pouvoir supranaturels. C’était super.
Pour autant, Sylvie ne connaissait que la mesure musicale, aussi j'ai passé les quelques jours qui suivirent sa révélation un peu tendu ; il me faut préciser qu’elle avait décidé de ne plus adresser moi qu’en « Ré –Mi – Fa dièse mon amour !» " Chante La La La vie est Si La La La..." et autre « Entends-tu le joli-toiseau - do - do – LAAAAAAAAAA !!!! –siiii  -rééééééé!!!», s’appliquant à prendre cette voix haut-perchée et flûtée qui sied si bien aux chorales autant qu’elle éloigne à des distances plus que respectables toute possibilité de rapport sexuel consenti. Mais soit, une chose positive me vint malgré tout à l’esprit ; vivre avec Sylvie et son oreille absolue augurait pour moi la fin de la galère de tous les débutants, galère consistant à essayer encore et encore d'accorder son instrument, le résultat de tant d'efforts se révélant la plupart du temps plus que décevant.
Un soir que j’avais décidé de remettre mon ouvrage sur le métier (j’ambitionnais de jouer parfaitement le tube des Joyeux prépuces « Sgonne a flask hinaf »), je confiai donc mon instrument à Sylvie, tout désaccordé qu’il était dans le but d’épargner mes nerfs et ma patience et aussi tant qu’à faire de profiter de la perfection de son ouie.
-« Mais bien sûr ! Je finis cette étude de Bilbok et j’accorde ta guitare dans l'instant mon petit poulet » me répondit-elle appliquée à crayonner une partition. Au poil je me suis dit tout en passant au salon me servir un gin. A présent je l’entendais tendre et détendre les six cordes de ma guitare. Diing, digueling dingdiiing, Sylvie était à pied d’œuvre, à n’en pas douter. Dix minutes s’étaient écoulées et j’attaquai mon deuxième gin. Sylvie devait être entrain de peaufiner son travail car je l’entendais de l’autre côté du mur effectuer quelques réglages qui devaient être de l’ordre du comma (elle avait pris soin de tout bien m’expliquer lors d’une de nos nombreuses soirée consacrée à la musique et sa théorie). Dindingding, digueling, diiiing. Histoire de patienter et de la laisser finir son job, je me suis resservi un gin bien tassé. J’en ai profité pour me verser quelques cacahuètes dans une soucoupe histoire de ne pas faire que boire. Sylvie devait avoir fini car je n’entendais plus que son souffle court de l’autre côté de la cloison.
-« Tout va bien chérie ? » lui lançai-je au travers de la pièce.
-« Ca va, j’ai un peu de mal avec la tension de tes cordes et la qualité de ton instrument mais ça va, j’ai quasiment fini. » Me répondit-elle. L’exercice avait dû lui donner du fil à retordre car, mais peut-être me trompais-je, je décelai une légère exaspération dans le ton de sa réponse. A nouveau je perçus les dingding, digueling, dingdingding, digueling dans la pièce à côté. Je me resservis alors un gin en tapant dans les Tucs, le paquet de cacahuètes ayant déjà fait long feu. Quand Sylvie entra enfin dans le salon une heure plus tard, j’étais bourré comme un coing et j’avais avalé sept paquets de Tucs. Elle portait ma guitare comme le cadavre d’un animal mort depuis plusieurs jours dans d’atroces circonstances.
-« Tiens, voilà, l’harmonique du Sol n’est pas parfaite mais j’arrête là pour ce soir, suis crevée, bonne nuit. »
Et de me poser la guitare sur les genoux avant de faire demi-tour et de monter dans la chambre. Bon. Resté seul, je me suis resservi un verre avant que d’attaquer les premiers accords d’un des seuls morceaux à ma portée alors, « A just woan to feuckin eups » des Nouveaux Calbuths. Allez on y va, un deux trois quatre :
« SCHKLOONNGGONG ! »
-« ? Merde. Sylvie ? »
-« … »
Pas de réponse. Je décidai de monter lui en parler dans la chambre. J’entrai et trouvai Sylvie déjà au lit. Elle dormait mais je décidai de la réveiller.
-« SCHKLOONNGGONG !!! » Elle se dressa sur le lit en un sursaut.
-« Qu’est-ce tu fous t’es dingue je dors ! »
-« T’as entendu ? »
-« Ben oui j’ai entendu... »
-« Ma guitare fait schklong. »
-« Ecoute, je t’avais dit que j’avais eu du mal avec le Sol... »
-« Du mal avec le Sol ? »
-« Ben oui, l’harmonique est légèrement dissonante… »
-« Mais c’est n’importe quoi ! Tu te fous de ma gueule! T’as jamais eu l’oreille absolue, pas vrai ?!
Digueling digueling mon cul oui !» Je fulminais un max.
 -« Mais si mais écoute… »
-« Salope. »
-« Mais enfin arrête ne m’insulte pas ! OK j’ai eu du mal mais c’est la première fois que je fais ça sur une guitare aussi. Mon instrument c’est le piano. »
-« C’est minable Sylvie. Des jours et des jours que tu me baves sur les rouleaux avec tes airs de prof de musique qu’a trouvé mieux que le sexe tout ça pour finalement n’être même pas capable d’accorder une guitare. Avoue-le, tu n’as pas plus l’oreille absolue que j'ai les burnes qui clignotent ?! Tout ce que t’as d’absolu d’façons, c ‘est des gros nichons! »
Là dessus je suis sorti de la chambre en gesticulant de colère et de déception. Ma guitare est venue se claquer sur le bâti de porte et j’ai entendu le bois craquer. BLOOINNGG !!! Maintenant elle était complètement pétée mais je m’en foutais bien mal de toutes façons j’avais plus du tout envie de jouer avec cette daube désaccordée. Je l’ai balancée du haut de l’escalier et elle est allée se fracasser sur le meuble à chaussures de l’entrée. Le manche s’est brisé et la caisse a explosé. Elle venait de faire schklong une dernière fois. J’ai quitté Sylvie le soir même en sortant de chez elle et j’ai passé la nuit a écumer les bars pour finir ivre mort dans mon vomi (les cacahuètes et les Tucs certainement) sous un arrêt de bus où j’ai failli crever de froid (-27° dehors) cette nuit de décembre. J’ai mis deux ans à récupérer complètement. J’y ai laissé deux doigts et trois orteils et je suis complètement sourd d’une oreille (l’autre me laisse percevoir quelques sons à raison de 30% rapport à la normale).
Aujourd’hui quand j’y repense des années après, je regrette d’avoir insulté Sylvie, elle ne méritait pas ça. Par contre je n’écoute ni ne joue plus de musique du tout. Avec le temps je me suis mis à détester ces faignassses de musiciens et leurs instruments à la con. La chance et ma surdité ont voulu que je change de voie et aujourd’hui je dirige une entreprise de klaxons de sirènes et d’alarmes, de toutes tailles et de toutes puissances. Et croyez-moi, dès que je peux faire chier une chorale ou un quatuor champêtre, je ne me gêne pas. Allez hop, j'te nique Colchique, tut-tut la sirène!! Ha Ha ! Je t’en foutrais moi du lyrisme à la con.
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Mercredi 20 mai 2009
Je me suis réveillé de bonne humeur. Il y a des matins comme ça. Assis sur le bord du lit j'ai passé un bon moment à m’étirer, à penser que la vie valait vraiment la peine. J’étais bien, j’avais faim et je souriais. Alors d'un bond je me suis levé et dévalant les marches quatre à quatre je suis descendu à la cuisine me faire mon café. Un bon petit café dans sa culotte !
Je me suis dit en me marrant. Mon bol, de l’eau, un filtre, mince! Plus de café dans la boîte. Pfff....Ca démarre bien. Bon pas très grave après tout je me suis dit, je vais aller en demander à la voisine du dessus, elle est toujours tellement aimable qu'elle ne verra certainement aucun inconvénient à me dépanner de quelques doses. Je précise que ma voisine du dessus est une jeune étudiante espagnole qui apprend le français depuis peu et je dois dire qu'elle me fait beaucoup rire avec son accent et son air bon enfant. Je ris surtout quand la pauvre fille essaie de prononcer "j'apprécie la pénétration" et qu'elle dit pénétrassionne! Quelques fois j'y repense seul au bureau et de nouveau je ris tout seul. Cela m'est même arrivé une fois en pleine réunion avec le big boss et tout le staff.
-"Et bien Patrick, ça ne va pas mon petit gars ?" Qu'il m'a demandé le big boss.
C'est rien patron, je lui ai répondu entre deux spasmes, c'est juste que je repense à votre exposé sur les profits et les compressions de personnel à venir. Il n'a pas osé faire de scandale devant tout le staff mais quelque chose me dit qu'il n'avait que moyennement apprécié. J'ai enfilé un jean et un tee-shirt et, le sourire aux lèvres, je suis monté à l'étage de l'appartement où vit Telma. J’ai frappé trois coups secs à sa porte et après quelques dizaines de secondes j’ai senti le vieux plancher de l'immeuble vibrer, c'était bon signe, Telma était réveillée. Elle m'ouvrit sa porte et visiblement je la réveillais. Elle avait un oeil encore complètement collé par le sommeil. L'autre par contre avait l'air d'être resté ouvert toute la nuit, il était vraiment très très grand ouvert, à ce point d'ailleurs que j'ai eu un bref instant l'impression qu'il était content de me voir et qu'il allait me sauter dans les bras et me faire la fête. Telma frotta son visage de ces deux grosses mains épaisses et verruqueuses puis ajusta les deux énormes couettes de ses cheveux filasses qui mettaient si bien en volume sa grosse tête encore toute chiffonnée de la nuit. Un léger fil de bave scintillait à ses lèvres dans la clarté du petit matin. Elle parvint enfin à me regarder en face et me reconnaître. Elle entrouvrit sa bouche charnue, me sourit un peu. Je devinai son haleine et tournai imperceptiblement la tête de côté. Alors elle me dit comme ça :
- "Tu viens pour la pénétrassionne gringo ?"
(Ha Ha! Je vous avez prévenu, c'est à se pisser dessus elle sait pas le dire).
- "Ah tendre Telma, mais non bien sûr, il est encore très tôt tu sais, le jour se lève à peine et je ne suis pas du matin. Non, je suis venu pour t'emprunter un peu de café, car vois-tu, je n'en ai plus. Des pieds."
Une lueur chétive et claudicante traversa alors le regard de la jeune étudiante avant qu'elle ne fasse demi tour et que le sol ne vibre à nouveau. Je l'observai s'éloigner, son grand corps majestueux heurtant et brisant ça et là quelques meubles et bibelots. Elle revint à peine trente seconde plus tard, un paquet de café à la main qu'elle me tendit. Je la lui serrai pour la remercier. Elle me claqua alors l’ paquet sur la poitrine, avant de repartir en traînant ses deux pieds épais vers les ténèbres de son antre, un grognement sépulcral saluant son départ. Redescendu chez moi, je pus enfin préparer mon café et pendant qu’il passait, je montai à la salle de bains prendre une douche qui allait finir de me réveiller. Sous l’eau je riais de nouveau comme un bienheureux en pensant à Telma et à son accent si comique. J’étais maintenant plié en deux et secoué de soubresauts qui m’obligeaient à me tenir aux murs tant ils mettaient en péril mon équilibre. J’ai ri comme ça jusqu’à ce que j’arrache toute la robinetterie à force de m’y suspendre. J’ai aussi pris le lourd pommeau en inox sur le coin de la tempe. J’étais maintenant assis dans le bac à douche à demi assommé, mon sexe clapotait et je regardais mon sang filer dans l’eau en jolis cercles rosâtres. Après avoir recouvré mes esprits, je suis sorti et me suis soigné la tête. J’avais une belle estafilade que je cachai d’un pansement hémostatique.
Après ça j'ai ri un peu moins et tout est allé très vite. En redescendant je me suis pris les pieds dans le tapis de l’escalier et j’ai fini ma course la tête dans le meuble de la cuisine sur lequel est posée la cafetière. Le choc l’a fait tomber et j’ai pris tout le café brûlant sur mon dos nu. J’ai hurlé en piétinant les tessons de verre de la verseuse qui s’était brisée sur le carrelage. Je n’étais plus qu’une plaie hurlante et je dois avouer que cette putain de journée commençait déjà à me lasser. J’étais hyper tendu et finalement c’est un bien que je n’ai pas bu de café, il y a fort à parier que ça n’aurait rien arrangé. Tant bien que mal je me suis soigné et j’ai tout nettoyé et épongé aussi bien que j’ai arrangé comme je pouvais la robinetterie de la salle de bains. J'ai pu finalement partir travailler. Arrivé en retard, le big boss était déjà dans mon bureau.
-« Ah Patrick ! Il a dit quand je suis rentré comme si j’étais devenu un type sympa pendant la nuit. Je suis content de vous voir, j’ai quelque chose pour vous qui va vous faire rire. Ouvrez l’enveloppe, vous allez voir, je me suis souvenu de votre fou rire de l’autre jour en réunion et j’ai écrit un petit sketch qui parle de compression de personnel et dont vous êtes le héros mon petit gars. Allez-y, marrez vous bien, c’est tout pour vous. J’ai ouvert l’enveloppe. J’étais viré. Ha Ha. L’ordure. Je suis rentré chez moi. Je me suis dis que c’était un mal pour un bien, de toutes façons je ne trouvais pas ça si cool de travailler. Arrivé en bas de mon immeuble j’ai croisé Telma qui revenait de l’épicerie avec un paquet de café.
-« J’ai dû en racheter, ce matin quand je vous ai donné le café, j’avais pas fait la réflexssionne que j'en avais pu. Des pieds. » elle m’a dit.
J'ai jeté un caillou en direction de son gros oeil et je lui ai demandé d'arrêter ça, que c'était pas le jour et que j'étais pas d'humeur pour ces conneries. Puis je suis rentré chez moi en maudissant les jeux de mots, les patrons, les accents et les fous rires nerveux. Voilà, il est neuf heures trente et là j’ai ma dose. Alors je vous laisse, je vais me recoucher, y a de matins comme ça. On va dire ça.
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