…A voir la terre de très très loin, on comprend vite que rien n’a d’importance. Peut-être même peut-on en déduire que rien n’a d’existence. Nos vies, nos et notre histoire, rien de tout cela n’existe de très très loin. C'est à peine si l'on distingue un petit point bleu perdu au fond de l'univers. Les étoiles se moquent comme de leur première fusion de ce qu’il peut bien se passer sur notre terre. Que ce soit extraordinaire (ce bébé qui bave écrira bientôt Les travailleurs de la mer) ou infiniment désespérant (ce bébé qui sourit exterminera bientôt tout un peuple) ; de très très très loin rien ne semble exister. A ce point d'ailleurs qu’on peut aller jusqu’à se poser la question de notre propre existence. Sommes nous ?
Pourtant, il a fallu des millions d’années d’évolution, de l’amibe à l’homme debout, des millions et des millions de morts et de naissances, il a fallu s’arranger pour résister aux drames aux fléaux à la bêtise et la médiocrité, pour malgré tout construire une science qui nous permette aujourd’hui d’envoyer loin, très loin, un vaisseau capable de nous transmettre une vue de ce tout petit point bleu qu’est notre planète perdue au milieu de l’univers. Il a fallu tout ce temps cette intelligence et toute cette énergie pour constater de visu, puisqu’il faut bien s’en convaincre, que rien n’a vraiment d’importance. C’est peut-être dans ce paradoxe que ce trouve un début de réponse au sens de la vie.
-« Tu dis ça pour préparer le terrain. »
-« Comment ça ? Pourquoi tu dis ça ? Je te parle de science, on discute c’est tout…»
-« On discute mais après tu vas me quitter. Et t’aimerais bien que j’en fasse pas un drame, que je me convainque que de toutes façons, à part un putain de paradoxe, rien n’existe vraiment et qu’il n’y pas de quoi pleurer. Tu prépares le terrain pour que j’accepte l’idée qu’après tout notre histoire n’est même pas le milliardième de quelque chose de concret et que l’univers ignore tout de l’amour que j’ai pour toi et de celui qu’un jour tu as eu pour moi. C’est ça que tu voudrais. Tu ne m’aimes plus et tu voudrais ne jamais m’avoir aimée. Tu voudrais faire comme si de rien n’était et te barrer. Tu voudrais que je me dise qu’après tout c’est pas si grave si t’as refait le big bang entre cinq et sept à l’hôtel de l’Univers avec la grosse Céline. Que les galaxies s’en cognent de savoir que depuis trois mois on baise plus et que tu rentres tous les soirs avec la gueule de six pieds de long d’un détenu qui retrouve sa prison. C’est ça que tu voudrais l’astronaute. J’ai pas fait beaucoup d’études mais je sais reconnaître un faux-cul quand j’en ai un en face de moi. C’est minable. Tu me dégoûtes, toi et tes théories humanistes à la con. Mais je te préviens, je ne lâcherais rien et sache que si tu veux divorcer, ça te coûtera bonbon et que je te ferai payer le maximum. Il ne te restera que tes yeux pour pleurer sur le trottoir tellement je t’aurai démoli. Peut-être alors sinistre con, comprendras-tu que certaines choses existent. Maintenant si tu as fini ta conférence, je te prierais de me laisser, je voudrais pleurer seule dans le vide sidéral mes larmes de nulle part. »
-« Pffff…Encore du cynisme…C’est fatiguant à la fin… …Aïe ! Mais tu m’as frappé t’es dingue ! »