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A mon signal, amène le dessert!

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Qui ne risque rien.

Faut vraiment que je me dégrouille. Il est six heures et Pascaline m’a demandé de la rejoindre au calvaire avant six heures et demie. Elle m’a dit ça à la sortie du collège avec son air de dire que j’ai de la chance de l’avoir pour copine, une copine qui pense à moi pour les trucs cool. Elle m’avait assuré qu’elle avait un truc incroyable à me montrer, que je n’allais pas regretter. Alors là méfiance. Les trucs incroyables avec Pascaline finissaient souvent par une cavalcade à toutes pompes à travers les jardins, avec le proprio aux fesses entrain de nous courser. Ca lui va bien les cheveux courts à Pascaline mais faut bien dire ce qui est, c’est un vrai garçon manqué. La dernière fois qu’elle m’a demandé de l’accompagner on a dû escalader une grand mur pour finir par se retrouver coincés dans le jardin du Docteur Deconges. Comme le mur penchait vers l’intérieur on s’est retrouvé bloqué, on arrivait plus à repasser de l’autre côté. Du coup dans la panique on a dû faire du bruit et c’était moins une qu’on se fasse bouffer par un énorme clebs qu’avait dû nous entendre. On s’est mis à courir dans le jardin et c’est juste au dernier moment qu’on a fini par trouver une échelle en bois posée là contre le mur, incroyable, comme si elle nous attendait ! C’est quand même bien foutu le truc du mur qui penche à l’intérieur quand on y pense. Mais bon, là maintenant faut que j’arrête de m’éparpiller – c’est ma mère qui dit toujours, ça, « Maxime s’il te plaît arrête de t’éparpiller tu vas finir en bouts – et que je me dégrouille parce qu’il me reste plus que vingt minutes pour finir cet saloperie d’exercice de français. Alors voyons voir, exercices à trous,
« Pour chacune des phrases suivantes, vous compléterez les trous afin d’obtenir une phrase cohérente, expression de la sagesse populaire. Exemple : L’appétit vient … mangeant pour L’appétit vient en mangeant. »
Super facile.
Alors, la première, « Mieux vaut prévenir QUE guérir. »
La deuze, heu… « On ne change pas une équipe … gagne. » Ben ? C’est tout bon ça, y manque rien là…On ne change pas, une équipe gagne. C’est quoi l’astuce…Ha oui ! QUI gagne! Mais bien sûr Kevin, ha ha, une équipe qui gagne. Ensuite,
« A force de taper sur un clou on finit PAR l’enfoncer. » Ca c’est bon, ça aussi, là c’est
« gnagnagna mieux servi que PAR soi même », ça c’est ok…
Et enfin la dernière, bon sang il est six heures et demie! Faut que je me dégrouille sinon Pascaline va pas m’attendre et à tous les coups elle va y aller avec ce gros lèche-bottes de Jérémy Bloquel. Toujours a lui tourner autour celui-là... Heu….alors heu attends…Ben ? Je rêve ou y a une faute là ? Vivre, y a un « s » à vivre, y en a forcément plusieurs. Des vivres. De mieux en mieux les profs de français, v’là qui font des fautes maintenant ! J’te jure. Bon allez vite vite, je recopie la dernière question. Voi-làààà. Tu parles d’un proverbe à la con. Allez hop ! Mon blouson et je descends. Si je cavale je peux y être dans moins de cinq minutes.
-« M’man je descends un peu avant de manger, je vais jouer dehors avec Pascaline ! »
-« T’as fait des devoirs ? » Je me doutais qu'elle allait dire ça. Elle dit toujours ça quand je sors. Je pourrais partir en fusée sur la lune qu'elle me demanderait quand même « T’as fait tes devoirs ? » « Mais Maman je vais rater la fusée là ! » « Je m’en moque, t’as finis tes devoirs ou pas ? ».
C’est très important pour ma mère les devoirs.
-« Oui M’man, j’avais du français mais j’ai tout fini, j’ai même corrigé une faute du prof,
ad t’à l’heure ! »
J'ai couru mais je suis arrivé en retard. Pascaline n’était plus là. Je suis monté sur le bord du muret du calvaire en m’accrochant à la statue de Jésus et je les ai vu au bout de la rue qui se dirigeaient vers le chantier des maisons en construction. Pascaline et ce gros fayot de Jérémy Bloquel. J’étais le meilleur copain de Pascaline depuis le CE1 et ça m’a carrément dégoûté de la voir avec ce gros sournois de Jérémy. Personne le blairait, il puait la frite, il avait toujours les cheveux collants et surtout il faisait tous ses coups en dessous. Mais ses parents lui filaient plein de fric et il avait toujours plein de bonbecs à distribuer dans les poches. Et demander à Pascaline si elle veut un bonbec c’est comme demander à un aveugle s’il veut voir clair.
Je suis rentré chez moi en donnant des coups de pieds dans tous les cailloux que je trouvais sur mon chemin en imaginant que c’était le gros cul tout mou de Jérémy Bloquel. Pan ! Pan ! Et re-Pan ! Chienne de vie.
Je suis rentré à la maison plus sombre qu’un soir d'hiver et j’ai traversé la salle à manger en faisant exprès de traîner les pieds. J’avais sur moi le regard inquisiteur de ma mère qui mettait le couvert.
-« T’es déjà rentré ? Dis donc tu tires une de ces tranches…Qu’est-ce t’as ? T’as mal au ventre ? Tu t'es disputé avec ton amie ?» elle m’a demandé. J’ai levé le menton et posé mon regard sur l’horizon par delà la fenêtre de la cuisine avant de lui déclarer, la voix étranglée de sanglots – j’avais vu un acteur faire ça dans un feuilleton :
-« Qui n’est plus une amie ne l’a jamais été. »
-« Qu’est-ce tu racontes Maxime ? Mon pauvre garçon tu dis n’importe quoi. Tu lis trop de livres. Allez va te laver les mains, on va manger. J’ai fait des nouilles au gratin. »
-« Ouais cool. » Finalement j’ai descendu le plat de pâtes et pour une fois j’ai eu le droit de regarder la téloche avec ma mère, c’était du basket, la finale de la coupe Korac. Du coup je n’ai plus trop pensé à Pascaline.
Le lendemain elle m’attendait à l’entrée du collège. Je lui en voulais mais je n'ai rien dit, j’étais content de la voir quand même. Elle m’a demandé presque en colère ce que j’avais foutu la veille, pourquoi je n’étais pas venu. Elle m'a expliqué comme ça qu'elle m'avait attendu dix minutes et qu'elle s’était retrouvée un peu coincée, obligée d’accompagner ce gras double de Jérémy Bloquel pour faire les courses de sa mère à la Coop. Ca m’a soulagé. Je n’ai pas osé lui dire que j’avais douté d’elle. J’ai juste dit que j’avais bossé comme un dingue sur l’exercice de français qu’on avait à faire pour ce matin.
Elle m’a dit « Ha oui l’exo avec les trous là ? Ben dis donc c’était vraiment pas difficile hein…ça m’a pris trois minutes.» Après ça a sonné et on est rentré en cours de français. On a commencé direct par corriger l’exercice sur les proverbes. A la fin de la correction, je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai levé la main pour signaler qu’il y avait une faute d’orthographe à la dernière question. La prof est venue voir la réponse que j’avais écrite dans mon cahier. Elle a souri puis a demandé en posant la main sur mon épaule que je me lève et que j’aille sur l’estrade écrire ma réponse au tableau. J'étais trop content de l'honneur qu'elle me faisait et je me suis exécuté.

Il faut manger des vivres.


Il y a eu un silence total de trois secondes après quoi j’ai entendu toute la classe hurler de rire. Sur le coup je n’ai pas bien compris mais par réflexe j'ai fait semblant de rire avec eux, Ha Ha! Qu’est-ce qu’on se marre hein ! Et ça m'a paru durer longtemps - comme quand on fait un vol plané à vélo, juste avant de se cogner les genoux et les coudes par terre - avant que la prof ne fasse cesser le boucan et me renvoie m’asseoir à ma place. Je voyais le gros Jérémy Bloquel secoué comme un flan tellement il se marrait. J’étais rouge de honte et j’aurais voulu me cacher dans ma trousse. Pascaline était hilare. Elle m’a poussé du coude pour me dire en pouffant,
-« Tu m’étonnes que je t'ai pas vu hier soir, t’as du bosser comme un dingue pour trouver ça! Il faut manger des vivres !!! Ha t’es vraiment trop fort Maxime, franchement tu m'as épaté sur ce coup là! »
J'ai fait Ha Ha! aussi et j'ai laissé tout le monde penser que j'avais inventé cette vanne. J'ai été le type marrant de la classe pendant les trois ou quatre jours qu'ont suivi, c’était cool, j’avais l’impression d’avoir des ailes.
Le soir même Pascaline et moi on était au chantier des maisons en construction, assis tous les deux sur un balcon, les jambes dans le vide. J’ai failli cracher le morceau et lui avouer que c’était pas une blague, que j’étais con comme un vieux pneu et que j’avais vraiment écrit ça en y croyant.
« Il faut manger des vivres ».
Je l’ai regardée de profil mâcher son chwing et je me suis ravisé. J’ai pensé à un autre proverbe.
Qui ne risque rien n’a rien.
Et j’ai tourné sept fois ma langue dans sa bouche.


Pour les Impromptus littéraires, la contrainte était d'utiliser et de citer un proverbe.
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B
Bon d'accord, je suis en retard, mais faut pas m'en vouloir, soleil, mer chaude, ti punch et compagnie, enfin, vous voyez l'topo!!! Mais je ne peux pas laisser passer," il faut manger des vivres" c'est pas 3 ou 4 jours qu'elle fait se marrer, ça doit bien faire 25 ans que, servie au bon moment, elle me fait poiler!
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M
<br /> Je vois je vois Capitaine, la cool douce...<br /> <br /> Ca me rappelle cette chanson sibylline et intrigante..<br /> <br /> Le Capitaine aime le couscous<br /> Mais par derrière y s'la coule douce<br /> Ha Ha le Capitaine!<br /> Ha Ha le Capitaine!<br /> <br /> <br />
S
pftt.. chui pas sûre... je dois lire trop vite. En fait le truc de la faute de français, c'est à "vivre" qu'il l'a corrigée.. c'est ça ? bon, j'ai mis du temps... mes yeux se coinçaient sur "des"... Le reste : du miel pour les abeilles. La coop, le gratin, le gros qui a des sous mais pas de sex-"à piles"... (le temps l'aidera à compenser)... on fait des trucs très bien maintenant ! On a tous eu un gros qui payait des pains au chocolat à la récré... pas de chance hein. pftt.Autrement c'est du long ton texte.. mais ça valait le coup :)
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M
<br /> Oui c'est ça, il a ajouté un "s" à vivre pour pouvoir écrire "des vivres" au lieu de "pour vivre".<br /> C'est bien si t'as tout lu. Sans t'endormir je veux dire. (oui bon, je plaisante...)<br /> <br /> <br />
A
C'est super bien écrit, j'aime bien le "dégrouiller" et rendre la vue à un aveugle et tout ça tout ça ...Moi ça m'a bien fait rire, et j'ai marché dans le suspens : qu'est ce qu'il va encore nous sortir le petit Nicolas ?Enfin, il est plein de bon sens ce gamin.
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M
<br /> (Tiens voilà Audine)...Merci merci, mais si je peux me permettre, c'est Maxime, pas Nicolas (mais dis moi, ça ressemble à ce point ? Tout le monde y fait référence...)<br /> <br /> <br />
C
Il est formid' ce texte, Maximus. On y est... et on y est bien!! (je m'demande -mais peut-être vous l'ai-je déjà dit?, si ce n'est pas dans ce registre que je vous préfère -et ce n'est pas peu dire...) ÜüÜ
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M
<br /> Merci beaucoup Mystère de Neyr. J'apprécie de toutes façons autant ce que vous m'avez déjà dit que ce que vous me dites. Ouaip.<br /> <br /> <br />
H
j'ai pas ri... en meme temps, j'ai pas encore commencé a boire...ça doit etre ça !
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M
<br /> T'as pas ri ? Comment ça t'as pas ri ? Mais moi j'ai dit à tout le monde que t'avais ri! Même Woody Allen sait que t'as ri...Comment je fais moi maintenant ? Je le rappelle et je lui annonce qu'en<br /> fin de compte t'as pas ri ? C'est ça ? C'est ça que tu veux ? Ruiner ma carrière américaine ?<br /> Alalalalalalalalalal, je suis déçu...mais déçu.....mais alors à un point..tu peux pas t'imaginer...<br /> <br /> <br />