Je venais de dire aux gamins de rentrer dans la salle pour commencer à s'échauffer quand un gros clebs est sorti du troisième vestiaire. Un truc impressionnant je dois dire. Un bon gros molosse qui avançait vers nous de la démarche chaloupée du marin à terre comme Martin Eden au début du livre quand il arrive chez les parents de son Amour et qu'il a peur de casser tous les bibelots des bourgeois. Bref, il roulait sa caisse le mastard. Arrivé à un mètre de nous il s'est mis à baver beaucoup et aboyer fort et je dois avouer que c'était impressionnant. Je vous retranscris l'échange entre lui et moi.
-"Faudra faire attention de regarder le planning de la salle parce que là elle est libre mais si on était là ça serait pas possible elle serait occuppée!!!"
Moi.
-"Et bien, oui."
-"Non mais parce que j'ai vu avec M. Leprêtre, je l'ai appellé trois fois sur son portable et j'ai laissé un message sur son serveur vocal pour dire que la salle serait libre mais faudrait se renseigner avant de commencer parce que là ça va mais la prochaine fois peut-être qu'on sera là. Il faudrait savoir!!!"
Moi.
-"Oui bien sûr..."
-"Pour dire que ce soir ça va aller, on est pas dans la salle nous on fait entrainement dehors sur synthétique, mais deux fois par mois, à peu près tous les quinze jours on peut venir!!!
Moi.
-"Mais permettez-moi, vous étes qui ?"
-"Duval Patrick entraineur cadet mines poussins, arbitre région, assistant entraineur junior et agent territorial entretien parc sport!!!"
Moi.
-"Fichtre."
-"Bon alors voilà bon entrainement tout le monde, je vous dis à revoir!!!"
Moi.
-"Oui, à revoir alors."
Puis il s'en fut toujours chaloupant, non sans avoir grogné une dernière fois après Gauthier qui courait trop vite avec ses pieds. Les gamins se sont mis en cercle autour de moi. Ils m'ont regardé fixement pendant trente secondes et j'ai bien compris qu'il attendaient de moi une réponse d'adulte à ce mystère que la condition humaine nous donne parfois à méditer. Je n'avais pas d'explication, j'étais simplement désolé. C'est à ce moment que la petite Elodie, 8 ans, a pris la parole et de sa voix de caneton spatial a dit :
-"Monsieur peut-être que le Monsieur c'est un intellectuel et qu'il aime pas le foot. Ca le fruste."
-"Voilà c'est ça Elodie, tu dois avoir raison. Ca le fruste. Comme quoi dans la vie faut toujours faire ce qu'on a envie de faire. Allez les enfants, Vous voulez bien installer les tapis maintenant ? OK, on y va."