A mon signal, amène le dessert!
Il me faut vous dire quelque chose.
Je suis marié et j'aime ma femme, assurément au moins autant qu'elle m'aime.
Elle et moi formons depuis douze ans un couple sans histoires, avec le bonheur pour habitude.
La semaine je travaille au service des archives de la municipalité pendant que Dominique, ma femme, assure la comptabilité des services de la Croix Rouge de notre région. Aussi les week-ends avons-nous nos loisirs. Par exemple chaque dimanche matin nous quittons le domicile et partons marcher dans les sous-bois. Nous y traquons les cris d'animaux les plus divers que nous enregistrons et collectionnons. A ce jour imaginez-vous que nous avons compilé plus de cinquante cassettes. Quelques fois quand le temps ne se prête pas à nos sorties sylvestres, Dominique et moi pouvons passer le dimanche entier à tenter d'identifier les sons enregistrés que nous reportons alors chose faite dans nos registres. Ici glousse une poule faisane, là glapit le renard, vrombit l'abeille ou bien hue le hibou. Chuinte la chouette. Force m'est de reconnaître que Dominique est très douée à jeu, bien plus que moi. Pour la taquiner un peu je l'appelle ma gentille taxinomiste. Ainsi passent nos dimanches. Et fascinés plus que de raison par cette nature, il n'est pas rare que de passion nous en oublions jusqu'à l'heure du souper ! Dominique se presse alors pendant que vite je remise au placard les cassettes et leurs registres d'indexation. Le quart d'heure qui suit nous trouve à table bénissant un frugal repas et rompant le pain. Il est aux alentours de vingt heures quand vient l'heure de débarrasser la table et d'emplir le lave-vaisselle, de plier nos serviettes et de les passer dans leurs ronds. Puis de nouveau la quiétude. Tous deux sis au salon, elle à ses bilans, moi plongé dans telle ou telle revue technique d'aviation - je peux me targuer de ne pas être monomaniaque et me passionne également pour les moteurs d'avions. Bien souvent, il ne me faut pas plus d'une demi-heure avant que je ne m'assoupisse, bercé du ronronnement feutré du moteur électrique de notre lave-vaisselle. Dominique me réveille alors doucement afin que nous montions nous coucher. Il est déjà vingt et une heure trente et demain le réveil sonnera à cinq heures trente. Il est plus que temps pour nous d'aller dormir, il s'agit de bien débuter la semaine qui s'en vient. Nous voilà au lit et Dominique s'est endormie, j'entends le souffle long de sa paisible respiration. Je pose un tendre baiser sur le front de ma douce épouse. Perdue dans les limbes cotonneux d'un profond sommeil, elle ne réagit pas.
Il me faut maintenant vous dire quelque chose. J'ai eu une aventure. Je me suis tapé Anita la grande rousse du service compta. Comme ça, direct. Impromptue comme qui dirait. Du premier jour où elle est arrivée elle m'avait tapé dans l'œil. Faut dire une paire de nichons comme ça tu décolles mon pote! Le rêve érotique incarné. Sa définition, version Robert. Faut croire que je le lui ai fait le même effet parce je peux dire qu'on a pas attendu longtemps pour déclencher les hostilités. Elle a débarqué un jeudi je crois, j'ai dit salut ma poule et le lundi qui suivait on se secouait tous les deux à l'hôtel Kheops. Et je peux te dire que si on a donné c'est pas dans le littéraire. Deux hystériques de la bête à deux dos. Excités comme des renards pleins de puces! Toute l'après-midi elle et moi à rebondir, s'enrouler, rouler bouler ; on s'est même fait sermonner par le taulier de l'hôtel qu'est venu cogner à la lourde parce soi-disant qu'il y avait des plaintes des voisins rapport au boucan qu'on faisait. Ha ça je peux dire que la rousse et moi on a pas regretté notre attirance. Anita c'est autre chose que les cris de dindon à Dominique. Ca tient pas sur les registres ce genre d'animal, ça déchire les pages, ça renouvelle le genre sauvage même! Quelle furie bon sang, quelle tringlerie! Quand je pense que j'ai attendu douze ans, douze années endimanchées à me fader la collectionneuse et ses coterons, mais quelle burne! M'enfin au moins maintenant je sais que ça existe. Et je sais aussi que youpi demain c'est lundi. Et qu'après Kheops Anita et moi on va se s'envoyer Khephren et Mykérinos dans l'après-midi. Mais chut, Dominique semble s'éveiller.
-« Ne bougez pas Amour je vous en prie, je m'en vais vous chercher un verre d'eau. Pas le moins du monde, ça ne me dérange pas. Je reviens de suite, désirez-vous autre chose qui vous ferait plaisir ? Moi aussi Dominique, je vous aime. »
Evidemment je ne vous ai rien dit, ça reste entre vous et moi.
Texte proposé aux impromptus littéraires IVeme version, le thème de la semaine était "Aventure" (le texte devait aussi contenir les mots "littéraire(s)" et "impromptu(e)(s)".