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Stit-DIY

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 08:34

Sur la piste quelques danseurs ondulaient avec nonchalance sur la voix de Damon Albarn. J’ai fini mon gin et je suis sorti pour fumer. Le type de la sécurité était à pied d’œuvre et filtrait sans discontinuer les groupes de trois ou quatre personnes qui arrivaient maintenant par vagues. J’ai fumé ma cigarette rapidement, avalant la fumée bien au fond des poumons, la sifflant avec cette délectation propre à la nuit, comme si rien de fâcheux ne pouvait arriver, comme si c’était déjà bien assez qu’il y ait la nuit, bien assez qu'on ait déjà autant morflé,  une idée à la con de ce genre. J’ai balancé mon mégot sur la route avant de redescendre. Sur mon passage le videur s’est fendu d’un sourire avant de réajuster son costard en carrant manifestement les épaules. Peut-être craignait-il que cet excès de gentillesse ne fasse oublier son indestructible tête de bois. Son inexpugnable vitalité guerrière. Mais lui et moi nous connaissions, eu égard à sa taille et sa carrure, les filles du collège l’appelaient bouillon cube.
La salle était maintenant bondée et parvenir jusqu’au bar m’a demandé patience et piétinement. Finalement j’ai retrouvé mon tabouret et le barman m’a servi un autre verre sans plus me poser de questions, il avait trouvé d’autres spectateurs ébahis de ses prouesses acrobatiques. Une bouteille, un citron vert, un shaker, un, deux, et trois en l’air, derrière l’épaule, sous la jambe puis d’une seule main. Son public en redemandait et nul doute que ce garçon avait toutes ses chances pour les championnats d’Europe.

L’alcool faisait son effet et je commençais à me sentir moins défait. Sur la piste une fille débordant d’énergie dansait sur Girls and Blur comme on court en montant haut les genoux. Me voyant l’observer elle m’a souri, avant d’être masquée par un groupe de danseurs. Après tout j’avais ce que je méritais. J’avais déconné et on a rarement droit à une seconde chance dans ces affaires là. Eva était heureuse avec un autre, et après ? Ce qui restait d’elle en moi devait plus avoir à faire avec les regrets qu’avec une quelconque forme d’amour. J’aurais pu être à la place de ce type qui la faisait planer (j’évitais à tout prix de penser qu’accessoirement aussi il devait la faire jouir), j’aurais pu lui rendre le sourire qu’elle avait perdu et peut être alors aurais-je retrouvé l’éclat bienveillant de ses yeux se posant sur moi. Même si j’avais cessé de penser que tout était de ma faute, que seul mon comportement avait soufflé la flamme qui nous tenait lieu de foyer amoureux, quelque chose en moi semblait encore apprécier de se repaître de l’exquise douleur de cette Passion. Mais soit, l’espoir était en route et plus je buvais et moins je m’auto flagellais. J’allais peut-être enfin quitter mon chaotique et inconfortable chemin de croix pour reprendre une route plus lisse et plus roulante, même si à ce moment précis je n’avais vraiment nulle part où aller.
Pour autant je ne peux pas dire que de l’avoir vue devant moi tenant la main de ce type ne m’avait déchiré à nouveau les entrailles, qu’à nouveau la plaie qui cicatrisait si difficilement ne s’était pas rappelée à mon bon souvenir. Non, mille fois non je n’ai rien dit de pareil. Mais le temps avait passé, trois longues années et j’étais toujours vivant. Fantôme patient le jour et zombie torché la nuit, mon cœur boitait mais j’étais toujours debout. J’ai pris une vodka pour fêter ça. Après la sixième – septième ? Huitième ? - le monde autour de moi s’est fait un peu plus accueillant et j’ai béni Dan Fante de m’avoir ouvert la voie (La Tête hors de l’eau). De la piste de danse à nouveau la fille pleine de vie m’a souri, elle dansait à présent en faisant de grands cercles rapides avec ses bras tendus et je lui ai souri en retour. Je me suis appliqué, j’ai tâché de me concentrer du mieux que je pouvais mais nul doute qu’elle a dû voir toute la niaiserie de mon regard vitreux. J’ai reconnu les premiers accords de Delivery quand elle est venue me chercher pour danser. Oh bon sang, danser ! Et pourquoi pas se mettre nu sur la place du marché avec une clochette autour du gland ? Digueling digueling. J’ai fini mon verre et je l’ai suivie, elle me traînait par la main en riant, je savais très bien ce qui m’attendait et je n’étais pas en état. Vu d’ici la piste était en haute altitude mais cette fille dégageait tant d’énergie qu’il y en aurait bien assez pour deux. Assez pour tenir debout et bouger comme si j’aimais danser (Fluorescent adolescent), sans m’effondrer au bout de quinze secondes. A présent le rythme s’était encore accéléré et mon cœur posait des questions sans réponses quant à la fréquence absurde de ses battements. Mon estomac lui ne garantissait plus rien. Puis London calling a cessé, les stroboscopes ont cessé de nous découper et la luminosité a baissé. Un type au micro a annoncé qu’il était quatre heures et nous invitait à rentrer chez nous. Ils ont passé un dernier titre, True love waits et Anna est venue se plaquer contre moi. J’ai réalisé qu’elle me dépassait d‘une demi tête et que je me sentais bien contre son corps musclé. Pendant quatre minutes ça m’a fait l’effet d’un onguent millénaire et secret sur ma peau brûlée, j’étais de retour de ma mission sur le soleil.
Maintenant la boîte fermait et j’avais assez bu. J’étais prêt à croire n’importe quoi, y compris qu’Eva ne reviendrait plus.
Aussi que la pluie nous ferait des souvenirs et que c’était une bonne idée de suivre Anna qui voulait aller marcher sur la plage avant de rentrer faire l’amour. A quatre heures du matin, il y a un an.

 

Fin.

 

NDLR : La première partie de cette nouvelle s'appelle "Jusqu'à la chambre (au bout du couloir)".
Elle est parue
sur ce blog en septembre 2010.

ici, ici, et ici.

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Published by Marcus K7 - dans Marcus K7
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commentaires

Stipe 02/01/2011 20:53



Street's like a jungle, so call the police...


("Girls and Blur", joli lapsus, mon bourricot !)


 


si vous faites l'amour comme vous le dites, ça intéresse ma soeur. Sinon, tant pis, moi ça m'intéresse vachement comme vous le dites.


 


 



Marcus K7 04/01/2011 09:23



Elle écrit votre soeur ?



fragon et cie très sobre - même pas mal ! 30/12/2010 12:13



Allo, oui, bonjour...Ici Ménie G. .....Ben parfois ce sont les fantômes de ce qui a été qui retiennent... le mec il croit qu'il est malheureux.. il s'accroche à tout prix alors qu'en
fait ça fait longtemps qu'au fond il est conscient du truc débile que ça peut représenter.. les femmes qui quittent, ça peut rendre service non ? bon allez...pfttt....qu'est ce que je cause et
avec ça, j'ai pas fini mon ménage rapport à hier moi.



Marcus K7 31/12/2010 07:38



Merci Ménie G. Et au boulot maintenant hein..



fragon 30/12/2010 10:20



Evidemment, il fallait lire "retiendrait" pas le n'importe quoi que j'ai écrit hier.


Evidemment, la différence était pour moi de taille. pfttt !



Marcus K7 30/12/2010 11:56



Oui bien vu, reviendrait, retiendrait, elle lui rend sa liberté, trois ans après..(quand même, la vache...).


Et sinon, cette petite fête hier soir, bien ?



fragon cie 4 coupes de champ, une en trop 29/12/2010 22:42



"y compris qu’Eva ne reviendrait plus." c'est marrant, j'ai lu "y compris qu'Eva ne me retriendrait plus"....


Tu crois que c'est l'alcool ? arf !



Marcus K7 30/12/2010 10:12



Arf...Non bien sûr...



poupoune 29/12/2010 14:19



je sais même pas qui est Damon Albarn... j'ai cru un instant que ça risquait de compromettre ma compréhension, voire mon plaisir, mais en fait non, on s'en branle, si je puis me permettre.


Je suis retournée lire la 1ère partie, pendant que j'étais là, et ma foi, m'sieur Maximus... je dois vous avouer que si j'avais dû un jour lever un type bourré dans une boîte, ben
j'aurais aimé que ce soit vous.



Marcus K7 30/12/2010 09:40



Maximus s'il existait apprécierait le compliment à sa juste sincérité, j'imagine qu'il serait même un peu ému qu'une fille lui tienne pareils propos...


Mais bon, on nage dans le virtuel parce que moi, l'auteur je veux dire, je suis moine dans une abbaye sitercienne du Cantal et je fabrique du fromage à longueur de journée...Comprenez-bien que
l'isolement développe l'imagination et que je n'ai jamais vécu ne serait-ce qu'un dixième des histoires que j'écris. Qui plus est j'ai la peau grasse, les jambes courtes et l'haleine longue.


Mais merci quand même. Bon je vous laisse c'est l'heure du bain dans la rivière gelée.


 



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