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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 08:15

Je suis descendu à pied, marcher me ferait le plus grand bien. L’air était tiède et le jour déclinait lentement dans un souci manifeste d’apaisement bleuté.
Je me souviens qu’en allant chez cette fille commettre l’irréparable, et alors que mon corps tout entier réclamait sa dose de sexe, mon esprit refusait de se soumettre à l’idée de prendre autant de risque pour une entreprise dont je savais déjà qu’elle risquait de me mettre à terre. Tout ça pour ça. J’avais toujours eu les idées claires là-dessus, vivre avec Eva était pour moi une chance inouïe qu’il n’était pas question de gâcher. Elle ne se présenterait pas une deuxième fois. Eva était ce genre de fille capable de vous faire accepter la fin de l’histoire pour une vie apaisée à ses côtés. Une fille attachante et généreuse sur qui vous pourriez compter chaque fois que la vie vous ferait un croche pied. Vivre avec elle c’était vraiment vivre à deux, pour le meilleur et pour le pire, partager, comme s’il n’y avait pas d’autres façons de vivre, respirer le même air. Voir loin et prévoir pour enfin espérer s’asseoir un jour. Elle s’arrangeait souvent pour me rassurer et y parvenir, elle prenait le temps et dépensait l’énergie nécessaire – ma mère avait eu un cancer - mais ne me lâchait pas. Une amie fidèle et souriante. En plus d’être une amante caressante et attentionnée. La fille que j’aimais.
Il était vingt et une heure et je me suis assis à la terrasse du Fetch, un bistrot face à la mer. Le coup de vent de la veille ramenait encore d’épais rouleaux aux épaules solides. Quelques surfeurs imprimaient leurs courbes dans les dernières lueurs du jour. Beaucoup d’autres remontaient sur la plage, leur planche sous le bras, en direction de leurs voitures garées au pied de la digue. Quand j’ai connu Eva elle sortait de l’eau à ce même endroit, l’aiguille des fous. Elle dégageait une énergie peu commune. Elle m’attirait et m’impressionnait et ne parvenait à me faire oublier la largeur de ses épaules que par la douce lumière de ses yeux verts qui irradiait de sous ses cheveux blonds comme les blés.

Mon portable a vibré, Jean me demandait où j’étais pour me rejoindre. Il est arrivé cinq minutes plus tard, vêtu comme toujours d’une veste noire cintrée, sur une chemise blanche et un pantalon noir tubulaire, chaussures italiennes, ce type là aussi avait du style. Il avait appelé sa baby-sitter qui avait accepté au débotté de s’occuper de ses mômes, mais pas plus tard que minuit avait-elle insisté. Minuit. On a commandé deux bourbons, il faisait complètement nuit maintenant, les surfeurs avaient disparu et on ne distinguait plus sur la page que le ballet de quelques lampes frontales des pêcheurs à pied. Jean rentrait de Tokyo, il venait d’y passer plusieurs semaines à développer une nouvelle interface pour gérer et commander les plateformes de forage en mer sans équipage. Je n’y entendais rien mais il savait y faire pour intéresser n’importe qui à ses propos les plus techniques et je comprenais qu’une armée de robots inoxydables prenait les décisions nécessaires à la bonne marche de l’entreprise en haute mer. Les compagnies d’assurances rechignent à assurer le risque humain, trop aléatoire m’expliquait-il sans rire, ou bien quand elles le font elles demandent énormément d’argent pour le faire. Alors on fait sans l’homme et on investit dans l’intelligence artificielle, on laisse les robots et les processeurs prendre les décisions et les paquets de mer. Lui et moi avons prié pour la raison d’être du genre humain. Après ça on a recommandé deux autres bourbons, puis encore deux autres jusqu’à ce qu’il soit l’heure pour lui de rentrer. J’insistais pour un dernier verre mais n’était-ce la baby-sitter, il préférait être là quand sa femme rentrerait de sa soirée entre filles. En le saluant je lui demandais si Alice allait bien. Elle va bien m’avait-il répondu d’une moue dubitative, plus ce serait trop. Elle va trop souvent à mon goût avait-il conclu, le travail les enfants le temps qui passe, elle essaie de sortir le plus souvent possible pour ne pas sombrer dans ce qu’elle appelle la dépression home sweet home. Je l’ai regardé partir d’un pas moins assuré qu’il n’était arrivé et je me suis souvenu de l’immense fête qu’avait été son mariage avec Alice.

Il était encore tôt et à part deux ou trois couples affalés sur les divans du fond de la salle, il n’y avait personne au Snapshot. Le club venait d’ouvrir et la publicité vantait son ambiance London’s cool (London school) et la qualité de ses cocktails élaborés par Frank Shake, dernier champion de France de mixologie en date comme l’attestait une affiche derrière le bar. A fréquenter l’établissement vous aviez également la chance de faire partie de la fresque humaine constituée du portrait de chacun des clients, une webcam vous shootant à la sortie, le jeu consistant à aller voir le lendemain sur leur site web la tête que vous aviez la veille au moment des faits.
Je me suis posé au bar où Franck Shake – donc - s’affairait à préparer ses mojitos et consorts. J’ai commandé un gin tonic que j’ai siroté en me laissant entrainer par la musique de Gorillaz (je crois bien qu’il y avait aussi un titre ou deux de The Good the Bad and the Queen). La salle se remplissait doucement. L’endroit était un ancien blockhaus souterrain bâti il y a plus de soixante ans pendant la seconde guerre mondiale en plein centre ville. Il était accueillant et l’impression une fois descendues la dizaine de marche était qu’on s’y sentait protégé, apaisé presque malgré le volume de la musique et les flashs des stroboscopes de la piste de danse, comme si l’épaisseur des murs avait à voir avec la sérénité.
Il était vingt trois heures trente et l’endroit était maintenant beaucoup plus animé. J’ai fait signe au barman pour qu’il me remette la même chose. Il s’est penché vers moi en souriant comme s’il avait un tic nerveux au niveau de la région de la bouche pour me demander si je ne préférais pas plutôt un mojito, auquel cas il aurait eu le plaisir de me faire une petite démo. Sa petite démo m’expliqua-t-il, consistait à jongler avec tous les ingrédients et contenants nécessaires à l’élaboration de son cocktail phare comme il l’appelait. Vous allez voir c’est spectaculaire, vous allez vous régaler et moi ça me permet aussi de m’entraîner, je dois participer prochainement aux championnats d’Europe de mixologie. Ses yeux brillaient et il mettait beaucoup d’énergie pour en parler, l’air sincèrement heureux de faire partager sa passion. A mon tour je me suis penché pour vers lui pour lui expliquer que je n’étais pas venu pour le spectacle mais plus simplement pour me bourrer la gueule et que qui plus est, je n’appréciais que peu les cocktails trop sucrés, que je le remerciais de son offre mais que mon choix continuait de se porter sur le gin tonic. Il a hésité deux ou trois secondes visiblement déçu, puis haussé les épaules avant de s’en retourner préparer mon gin tonic.

 

A suivre...

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Published by Marcus K7 - dans Marcus K7
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commentaires

Stipe 02/01/2011 20:44



un club qui passe du The Good, the Bad and the Queen, ça donne envie d'aller s'y perdre la sobriété.



Marcus K7 04/01/2011 09:23



N'est-ce pas ?


Je vous avoue que je n'en connais pas l'adresse...N'hésitez pas si vous de votre côté...



chris de neyr 28/12/2010 20:47



Qu'est-ce qu'on est bien... on s'en prendrait bien trois quatre cents pages, non? (vous savez le genre de roman qu'on ne voudrait jamais finir de lire...)


  pas de doute, vous l'avez "la petite musique"...


 


nb: ceci dit, si je puis me permettre, le mec qui vous promet une "démo" à la Tom Cruise dans Cocktail pour faire un Mojito, moi je dis méfiance... (y'a rien à shaker, là-dedans!!!)



Marcus K7 29/12/2010 07:52



Vous insistez n'est-ce pas ?



poupoune 28/12/2010 10:04



La suite !



Marcus K7 29/12/2010 07:52



Elle arrive m'dame...



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