
Il peut arriver qu'un homme se désespère, qu'il perde ses repères ;
qu'il oublie les raisons qui le font rester droit.
Vous savez cela, la vie peut être une suite de hasards posés sur les pales d'un ventilateur un jour de canicule.
Bref, rien n'est simple et dans le creux de la houle votre horizon peut disparaître.
Quand arrivent ces tourments, il est important qu'un homme puisse garder le cap,
qu'une vigie continue de le guider, qu'une étoile le sorte du plus profond de la nuit,
et l'amène à la lumière du matin clair.
J'ai trouvé cette étoile.
Jean-Pierre Raffarin. Je lui doit tout.
Il est pour moi l'homme qui en chaque circonstance sait trouver les mots qui me réchauffe le coeur ;
Il a ce regard qui apaise et oint mes blessures d'une pommade généreuse et cicatrisante.
Et toujours vers lui je me tournerai, oui! Et toujours à lui je m'en remettrai, Ô oui!
Ha-Hem (je tousse). Non, en fait, je déconne.
C'est juste que dès que je le vois, j'ai envie de sourire.
Comme quand vous pensez à un vieux gag ou une vieille histoire drôle,
vous avez beau le/la connaître*, ça vous fait marrer quand même.
Ben voilà, je voulais vous dire ça, avec JP, c'est pareil, j'ai beau le connaître,
il me fait marrer quand même.
Merci Jean-Pierre.
* Exemple de vieille histoire drôle :
-" T'habites à Milan ?"
-"Oui."
-"Joyeux anniversaire!"
Une balle à mille rebonds posée sur une table dans une pièce exigüe.
Considérons que les conditions météorologiques de la pièce sont ordinaires et que personne ne s'avise de bousculer la table ; les choses peuvent tout à fait paraître stables et posées, maitrisées voire.
Mais bien sûr, la tentation est forte de jouer avec cette balle ; et d'ailleurs, elle est faite pour ça.
Et bing! C'est parti, dans les coins, dans tous les sens, Pof! Sur le plafond, elle redescend, tape un angle, la voilà qui accélère et part rebondir là-bas sur...Cling! La vitre est brisée.
Quand ce n'est pas l'oeil de mamie qui est poché.
La tentation est forte certes, mais les conséquences souvent malheureuses.
Quarante cinq ans donc, et la sagesse d'une balle à mille rebonds posée sur une table dans une pièce exigüe.
La fille qui part vers la salle de bains s'appelle Anita (Anita est nue).
Anita la jolie fille souriante est (nue) dans la salle de bains.
Anita la jolie fille souriante qui est (nue) dans la salle de bains ne le sait pas encore,
mais elle vient de passer sa dernière nuit dans ce lit.
Elle ne le sait pas et n'y songe pas un instant. Anita lui a dit qu'elle l'aimait.
Mais il a rencontré Dany.
Alors Anita va se rhabiller et sortir de la salle de bains.
Et cætera.
Il s'en veut et peste contre celui qui a fait le dosage. Qui donc a eu la main lourde à ce point ?
-"Bon sang! Se dit-il, et il ne simule pas la tristesse d'à nouveau être le bourreau.
Ca n'aurait pas été très difficile d'en mettre un peu moins non ?! »
(Il évoque là sa propension à la conquête, tribut hormonal argue-t-il)
La porte qui claque le soulage et déjà il pense à autre chose.
Le soleil fait danser des petites étoiles à travers les vitres de sa chambre.
Content de vivre, il sourit. Il remue la queue aussi.
Rue de Ménilmontant.
- « Il va m'en faire toute une histoire c'est certain.
Tout ça pour un verre.
Je n'ai pas couché avec ce type. Je n'ai pas couché avec ce type. Je vais lui dire ça, je n'ai pas couché avec ce type. J'ai simplement passé un moment dans ce bistrot de la rue Oberkampf. Le
temps a passé, j'ai eu faim et nous avons pris un truc en brasserie. Un croque chacun. Et puis quoi, pour une fois qu'un type a de la conversation, tu peux comprendre ça non ? Où est le mal,
je te le demande ? Nulle part, je suis d'accord. J'ai une vie sociale et quoi d'autre ? Je suis mariée ? Oui je sais merci de me rappeler mon handicap. C'est quoi cette histoire de
mariage ? Un sacerdoce ? Je suis mariée alors il faut que j'oublie le goût de la cerise ? Et bien non, je suis mariée et je reste en vie...
Tout bien réfléchi je vais plutôt le laisser parler, c'est plus simple, et comme d'habitude il fera les questions et les réponses...
Bon voyons, quelle heure est-il ? ...20h30 ?! Mince, il est déjà si tard ! Paul ne va jamais me croire... »
Elle remonte l'avenue de l'Ermitage.
- « Mais pourquoi est-ce que j'ai accepté de rester ? Enfin, bien sûr je sais pourquoi je suis restée, la question est plutôt pourquoi est-ce que je n'ai pas résisté ? Je savais
pertinemment que ça ne m'amènerait que des ennuis ces plans culs. Je devrais écouter Michelle plus souvent tiens, l'air de rien avec sa morale gris souris elle vit en paix. Maintenant j'ai tout
gagné. Je vais me faire bazarder comme une vieille chose. »
Elle soupire et s'essouffle un peu dans la montée. Elle fait une pause.
- « Enfin quitte à se faire désosser, autant que ce soit pour de bonnes raisons, j'aurais au moins pris un pied phénoménal ! Oh la dis donc l'artiste ! Il y a bien longtemps qu'on
ne m'avait emmenée en fusée si près de Vénus. Et alors quelle classe, quelle élégance dans le geste, ça je peux dire que j'ai eu de la chance de tomber sur un cet animal... »
Elle pouffe et se remet en route.- « Après tout arrivera ce qui doit arriver. Et basta ! S'il me la demande, je la lui dirais la vérité. J'ai couché avec un type que j'ai rencontré à la
gare en allant conduire les enfants. Je l'ai rencontré aujourd'hui même et j'ai couché avec lui dans les deux heures qui ont suivi. Parfaitement. Et après ? De quoi parle-t-on ? D'amour
ou de possession ? »
Cheminant elle arrive devant chez elle et trouve Paul son mari qui fume une cigarette sur le pas de sa porte.
- « Bon sang ce que j'ai eu peur ! Emma, où étais-tu passée ? »
Elle se plante devant lui, un instant reprend son souffle et pose fermement les mains sur les hanches.
- « Alors c'est ça, je ne suis plus libre, c'est l'interrogatoire qui commence ? Il suffit que je m'absente pour devenir coupable »
Il tourne la tête, exhale la fumée de sa cigarette et reprend.
- « Emma s'il te plait, je ne t'ai rien dit de la sorte, c'est juste que... »
Elle l'interrompt.
-« Ecoute moi bien Paul, je vais te dire la vérité, je rentre tard parce que je suis allé à l'hôtel avec un type et que j'ai couché avec lui. Alors, qu'est-ce que tu en dis ? Ca te
cloue non ? J'ai eu du plaisir avec un autre homme et je l'assume, sache-le. J'en ai marre de ne pas vivre mes pulsions, de contrarier ma nature, je revendique mon animalité tout autant que
mon humanité, comprends-moi bien Paul, je veux vivre, vivre toutes mes vies, ma vie d'adulte, ma vie d'enfant, je veux être une amie une amante une mère une enfant une fille comme une femme, je
suis encore adolescente, je cherche encore, je suis peut-être bisexuelle aussi, comment savoir ? En tous cas ce que je sais c'est que je ne regrette pas ce que je viens de faire. Et si
l'occasion d'aimer se pose à nouveau sur mon épaule je ne la laisserai pas s'envoler. »
Elle reprend son souffle. Il pose doucement la main sur son épaule pour l'apaiser.
- « Emma, s'il te plaît, calme-toi. Ecoute-moi. Tu n'as rien fait de tout cela. Tu n'es pas allée à la gare, tu n'as pas rencontré d'homme et tu n'as couché avec personne.»
- « Tu ne veux donc pas voir la réalité Paul ? C'est ma liberté de ton qui te gêne et tu me méprises ? Tu piétines mes idéaux simplement parce qu'ils existent ? C'est
encore cette vieille jalousie qui ronge ton esprit ? »
- « Emma...s'il te plaît...Ne m'oblige pas.. »
- « Que je t'oblige à quoi ? A me virer ? A me foutre dehors ? C'est ça ? Et bien vas-y, fait-le, je ne renierai de toutes façons rien de mon amour de la vie ».
-« Il ne s'agit pas de cela et je ne vais pas te virer comme tu dis. Tu t'es endormie sur un banc dans un square et tu as rêvé, une fois de plus. c'est tout. Et ça n'a rien d'anormal. Tu as
77 ans Emma. Il faut l'accepter. »
Elle reste interdite, la bouche ouverte.
-« Allez, rentre maintenant, il commence à pleuvoir. »
Paul prend Emma par le bras et l'aide à gravir
les trois marches du perron.
- « 77 tu es sûr ? »
- « Oui 77. Tu es née en mai 1929, l'année de la grande dépression. »
- « Mais cet homme, ses cheveux, ses mains sur mes seins, la chambre d'hôtel, c'était si réel...J'ai encore son parfum sur moi... »
Le soir tombe maintenant. Paul referme la porte du pavillon, se penche sur Emma et l'embrasse dans le cou.
- « Dans quel hôtel tu m'as dit ? »
Essuie-moi.
Tu m’as touché le prépuce
Tu m’as scruté le scrotum
J’étais renard plein de puces
De moi tu as fait un homme
Tu m’as testé les sticules
Tu m’as forcé la prostate
J’étais nu et ridicule
Aujourd’hui je vis l’éclate (Hey!)
Essuie-moi, je sue
Essuie-toi, je te suis
Essuie-moi le charbon
Repique-moi le chardon, je ne tiens pas en place...
Marouflé ma jointure
Tu m'as conduit la voiture
Je ne savais pas carreler
Tu m’as appris le métier
Je te dois mon honneur, De tes doigts mon bonheur
L’amour est une brosse à reluire, L’amour est un oeuf dur à cuire
Essuie-moi, je sue
Essuie-toi, je te suis
Essuie-moi le charbon
Repique-moi le chardon, je ne tiens pas en place...
Tu m’as touché le prépuce
Tu m’as scruté le scrotum
Je rêve d'un marché aux puces
Aux légumes d'aluminium...
A-Hem, je tousse un petit peu. A-Hem A-Hem.
Je gagne je gagne je gagne! Toujours moi qui gagne !
Toutes ces victoires sont presque indécentes et chaque fois je me dis qu'il ne reviendra plus, que je l'ai assez humilié. Mais malgré cela il revient, homme de peu de fierté (Il m'est arrivé, simplement en fermant les yeux, de le voir lever vers moi ses yeux implorant mon pardon, son corps rouge annelé et velu rampant dans la vase).
Alors de nouveau nous jouons. De nouveau je le domine, et de nouveau je gagne.
Je sais que ce n'est pas exactement ce qu'il raconte autour de lui.
Il se plaît à dire à qui veut l'entendre que ses visites sont autant de victoires éclatantes et que sa maîtrise est magistrale. Que son adversaire le déçoit, qu'il triomphe sans gloire. Je sais cela.
Il me méprise.
Pauvre de lui et de son attitude. Le pauvre perdant!
Pour ma part je n'y vois que la justification de son malaise, la pénible mise en scène de ses névroses.
Le symbole de son impuissance vitale. Calmement.
Soit. Que cet hideux ver de vase persiste à imaginer que la distance m'empêche de connaître ses velléités.
De toutes façons j'évite d'aborder le sujet, tant le sujet m'est pénible. L'idée même de l'évoquer avec lui me ruine le moral. Je n'ai plus de patience. Il me déprime bien plus sûrement qu'une overdose de laudanum.
De fait je dois bien me l'avouer, je préfère rester seul, je n'ai plus aucune raison de continuer à supporter cet individu. Constatons. Peu de conversation, monomaniaque du je, flatulent satisfait de son oeuvre, vaniteux péremptoire et menteur menteur menteur, trois fois menteur.
Que n'ai-je passé l'hiver à subir son manque d'altitude ?
Ma décision est prise, dès demain je ferai en sorte que cela cesse, j'irai voir l'infirmier et le prierai de signifier à ce sinistre personnage que sa simple présence liquéfie mes selles et que je ne souhaite plus jouer avec lui.
A moins que nous ne jouions à autre chose, une dernière fois ?
Le voilà qui arrive. Il sourit.
Quand j'avais vingt ans je savais ce que je voulais.
Je voulais passer mes journées à lire John Fante et Richard Brautigan.
Et je me moquais bien des motards et des filles enlacées à leur taille,
tout autant que des boîtes de nuits rances et des jeunes filles en sueur.
C'était moi le sacré veinard qui avait trouvé le bon filon. C'était moi l'heureux homme.
J'étais le serrurier et j'avais le passe qui ouvrait les portes de l'esprit libre et sauvage.
Celui-là même qui refusait la fuite dans la frénésie de la danse ;
alors ni une ni deux, je me suis installé dehors sur la
terrasse, et j'ai lu.
Il pouvait bien faire chaud cet l'été là, moi j'étais le seul,
au milieu de nulle part, et ça baignait.
-" Tu y crois toi ?"
-" A quoi ? "
-" Ben à ce truc là, qu'il y aurait autre chose, là-haut . Qu'on ne disparaîtrait jamais tout à fait et qu'après il y aurait un Au-dessus."
-" Heu...franchement..."
-" Tu n'y crois pas en fait ? "
-" Non, je ne peux pas dire ça comme ça, je n'ai pas toutes les réponses.
Mais bon, faut avouer que ça ressemble quand même beaucoup à une trop belle histoire non ?
Tout ce truc de la vie, du mouvement...Franchement c'est un peu gros non ?
Regarde nous, âmes libres et immatérielles, est-ce que tu peux nous imaginer prisonnières d'une espèce de machine organique ? Il existerait des entités cellulaires complexes et autonomes ?
Des corps ils appellent ça. Sérieusement.Tu peux croire à ça toi ?
Moi j'ai beaucoup de mal ne serait-ce qu'à l'imaginer. Et attends ce n'est pas fini, la Légende raconte même qu'Au-Dessus, les âmes incarnées s'épanouiraient à se mouvoir, à s'agiter, voire à se toucher l'une l'autre par corps interposés ? Mais vraiment, n'importe quoi!!! C'en est presque risible.
Excuse-moi mais c'est vraiment prendre les âmes pour des connes non ? Tu ne crois pas ?
Regarde ce truc débile, ici au chapitre XII, cette illustration d'un corps frénétique, tordu en tous sens, cela s'appelle la danse je crois, et ici chapitre LXIX, ces corps enchevêtrés qui se cognent,
et on voudrait nous faire croire qu'on peut y voir une forme de paradis ?
Ah non vraiment, je te le dis comme je le pense, trop c'est trop.
-" Bref tu n'y crois pas du tout ?"
-" Je crois qu'il y a peut-être quelque chose. Soit.
Mais pas ce genre de vulgarité tout juste bon à faire rêver les âmes faibles.
De toutes façons c'est simple, on peut raconter ce qu'on veut,
personne ne pourra le prouver, jusqu'à preuve du contraire,
aucune âme n'est revenue témoigner de ce soi-disant paradis des âmes matérielles.
Et ça c'est imparable.
Alors je reste une âme libre et immatérielle et je vous laisse à vos sornettes charnelles."
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- "Tu peux me gratter là s'il te plaît ? Ah ben non c'est vrai tu peux pas."



